Le Cavalier HIEU sur l'Echiquier de THIEU


La vie du Général Hieu fut entièrement à la disposition du bon vouloir de Thieu quand celui-ci a été choisi par le Président Johnson des Etats Unis à devenir le Président du sud Vietnam en 1967. Hieu a progressé jusqu'au rang de Général de Division en 1968, à l'âge de 39 ans, mais ensuite, son ascension a été stoppée net par ce dernier. Plus tard, Thieu par l'intermédiaire du Vice Président Tran Van Huong a épinglé une 3ème étoile sur le corps inerte du Général Hieu, victime d'un lâche assassinat le 8 Avril 1975. N'est-ce pas un exemple type du geste de "lancer une pierre tout en cachant sa main"? Voyons comment le Président Thieu a diaboliquement manoeuvré sa pièce Hieu sur son échiquier.

Quand le Général Thieu n'était encore que le Président des "Jeunes Turcs" composés de Thieu, Ky, Co, Thang, Cang, il remarqua le Général Hieu en deux occasions. La première quand le Gouvernement Taiwanais l'invita aux festivités de la Journée Nationale de ce pays, Thieu avait choisit le Général de Brigade Hieu, Commandant de la 22ème Division d'infanterie (DI), une étoile montante parmi les Généraux de l'ARVN de l'époque, pour faire partie de la délégation vietnamienne comme son "aide de camp". Madame la Générale, au moment de lui dire adieu, était toute contente à la vue de son mari vêtu en uniforme blanche immaculée montant dans sa voiture, jeune et beau, avec le coeur léger et plein d'espoir que son mari avait su capté l'attention du Premier Ministre!

La seconde à l'occasion du Têt Mau Than, quand le Général Tran Dinh Tho, Chef du 3ème bureau de l'État Major Général (EMG), rapportait au Président Thieu que Hieu lui avait appelé la veille pour l'avertir que selon la révélation d'un prisonnier Viet Cong, une offensive générale seraient lancée partout dans le Sud Vietnam au premier jour de l'an 1968.

Après son ascension à la présidence en 1968, Thieu commence à chercher les moyens afin d'expulser les hommes du Vice-Président Nguyen Cao Ky des postes clés. Le joueur d'échecs Thieu est très astucieux dans le déplacement de ses pièces. Quand son assise politique était encore fragile, il faisait une alliance avec son ennemi numéro un, en lui nommant au poste de Vice Président, puis manipulait de telle sorte que les hommes de Ky soient écartés un par un. En Février 1969, Thieu fait muter le Général Vinh Loc au 2ème Corps d'armée (CA), et le remplace par le Général Lu Lan. En Août 1968, au 3ème CA, il déplace le Général Le Nguyen Khang, et y dépose le Général Do Cao Tri. Ce dernier ne fait pas partie de ses hommes. Mais Thieu a besoin du soutien de Tran Van Huong pour lutter contre son rival Ky. Huong lui propose alors de faire revenir le Général Tri du poste d'ambassadeur à la Corée du Sud, pour redorer le blason du 3ème CA, lequel est entrain de sombrer dangereusement dans la déficience de combat. Thieu n'aimait pas Tri, mais il savait que celui-ci n'a aucune ambition politique dont ne représentait aucune menace et en plus, ses talents militaires lui furent utiles. Il adopte alors le même raisonnement en nommant le Général Nguyen Viet Thanh, comme Commandant du 4ème CA.

En prenant les rênes du 3ème CA, Tri assigne le Général Nguyen Xuan Thinh et Lam Quang Tho aux commandements de la 25ème et 18ème Division d'infanterie (DI) respectivement. Il a aussi l'intention de faire venir Hieu pour remplacer le Général Pham Quoc Thuan au poste de Commandant de la 5ème DI, la plus faible de toutes, mais Thieu s'oppose à ce transfert, pour la simple raison est que Thuan est son protégé, et il avait été son Chef D'État Major (EM) à l'époque où il fut Commandant de la 5ème DI. Ce n'est presque un an après, en Août 1969, après que le Général Tri a pu démontrer à Thieu de l'inefficacité chronique de cette dernière unité, que celui-ci à contre cœur, a finalement accepté la venue du général Hieu.

Grâce aux efforts communs des trois Commandants divisionnaires Thinh, Tho et Hieu, tous ex-cadets de la même 3ème promotion de Dalat, le Général Tri a réussi à renouveler l'énergie de combat dans l'ensemble du 3ème CA. En dépit de cela, vers Septembre 1970, Thieu, sous le couvert de la Commission Gouvernante des Généraux est parvenu à ses fins en déboutant Tri hors du 3ème CA et à lui imposer un exile forcé en France. Le manipulateur Thieu avançait le prétexte que ce dernier avait grandement besoin d'un traitement médical. Il nomma ensuite le Général Nguyen Van Minh la tâche de prendre soin des orphelins du 3ème CA pendant l'absence de leur "papa".

Le 6 Octobre 1970, le Capitaine Wayne T. Stanley, secrétaire du 3ème Bureau de l'EM, Conseiller américain auprès du 3ème CA , écrit au Colonel John L.Huestis, Fort Braggs, North Carolina:

Le Général Tri continue à gérer son territoire avec fougue et détermination. Il est en ce moment en vacances en Europe et continue à trouver le moyen afin de conserver la mainmise sur son fief le 3ème CA d'ici à 18 mois, la date officielle de sa retraite.

Pensez-vous, tandis que la situation était à un tel degré critique que le Commandant pouvait se permettre de partir en vacances? Néanmoins, le grand public, mais aussi les officiers du 3ème CA à l'époque, tout comme notre naïf secrétaire, bien que leurs yeux suivaient les déplacements des pièces de Thieu sur l'échiquier, se laissaient tromper par ce dernier.

Tri a eu de la chance parce que Thieu à l'époque, n'était pas encore au sommet de son art. Il a réussi l'exploit à le manœuvrer et à obtenir son rapatriement. Et dès que ses pieds foulèrent le sol natal, il s'éclipsa en allant directement se camper au QG de la 5ème DI, s'appuyant sur le Général Hieu et sa puissante 5ème Division, pour ensuite menacer de monter un putsch, forçant Thieu de faire revenir en toute hâte le Général Minh à sa nouvelle affectation en tant que Commandant de la Zone Militaire Spéciale de Saigon et de lui restituer le 3ème CA à Tri. Après quoi, Thieu a une raison de plus de se méfier de Hieu. Pour lui, ce n'est que partie remise et il est déterminé de faire mieux à la prochaine occasion.

Celle-ci se présente lorsque l'Opération Lam Son 719 s'est empêtrée dans le bourbier dès son commencement. Thieu, sous prétexte que le Général Hoang Xuan Lam avait échoué, faisait savoir son intention de le remplacer par le Général Tri, qui avait auparavant réussi avec le 3ème CA dans la précédente expédition Cambodgienne. Mais celui-ci n'avait pas prévu que Tri lui présenterait une condition sine qua non: que Hieu prenne sa place au poste de Commandant du 3ème CA. Bien sûr que Thieu n'était pas d'accord, car cette place était réservée pour son poulain, le Général Minh. Tandis que l'affaire se tergiversait, en Février 1971, le Général Tri fut tué dans un accident d'hélicoptère. Profitant de l'opinion selon laquelle les Américains seraient les auteurs de cet accident, Thieu introduisait immédiatement Minh au poste vacant d'une manière si naturelle et si innocente que le 27 février 1971, le même Capitaine Wayne Stanley a écrit au Général de Brigade Andrew J. Gatsis, HQ/USAARPAC, Fort Shafter, Hawaïi:

Ainsi aujourd'hui, l'ex-Commandant de la zone Militaire de la Capitale, a la lourde responsabilité de combler le vide de commandement et le contrôle de la 3ème Région Militaire. Bien que ce ne soit qu'à titre officieux, il semble plus que probable que ce commandement lui sera acquit.

Si Thieu, le joueur d'échecs, au lieu de choisir Minh, utilisait la pièce Hieu comme le remplaçant de Tri, alors la carence du 3ème CA n'atteindrait pas à un tel degré comme nous l'avions vu, et les Viet Cong n'auraient pas pu s'aventurer de nouveau de ce côté de la frontière khmero-vietnamienne conduisant au siège d'An Loc en 1972.

Aussitôt aux commandes du 3ème CA, et suivant les instructions de Thieu, la première chose que le Général Minh fit - à part de collecter des fonds pour enrichir Thieu - était d'éjecter Hieu hors de la 5ème DI. Il avait sournoisement inséré un gros grain de sable dans le rouage de l'Opération Snoul, pour ensuite faire porter le chapeau à Hieu de la défaite en Juin 1971, puis sous ce prétexte le relevait de sa fonction. Il le remplaçait par le Colonel Le Van Hung, l'un de ses protégés, ex-Commandant du 32ème Régiment, 21ème DI, un "Lilliput" à côté du géant Hieu. Ce dernier fut envoyé à Danang avec le titre honorifique de Commandant Adjoint du 1er CA.

Quand Hieu arrivait à Danang, le Général Hoang Xuan Lam, son ex-camarade de promotion, était encore le Commandant du 1er CA.

Si Thieu, en bon joueur d'échecs, à cette occasion avait mis Hieu à la place de Lam, le Général Vu Van Giai n'aurait pas abandonné Quang Tri sans aucune résistance le 1er Mai 1972.

Afin de remédier à la détérioration militaire au Centre Vietnam suite au repli inattendu de Quang Tri par le Général Giai, Thieu a saisi l'occasion pour introduire le Général Ngo Quang Truong à la place du Général Lam, puis se débarrasser par la même occasion hors de l’échiquier, une pléiade de "vieux Généraux" avec qui Thieu ne se sentait pas à l'aise, - à savoir les Généraux Le Nguyen Khang (Marines), Du Quoc Dong (Parachutistes) et Hieu. Les nouveaux promus étaient les "jeunes et dociles" avec qui Thieu se sentait en affinité - à part le Général Truong, les autres étaient les Colonels Bui The Lan (Marines), Le Quang Luong (Parachutistes) et Phan Dinh Soan.

Si le joueur Thiêu à l’époque, avait choisi Hieu au détriment de Truong, la débâcle totale des unités du 1er CA n'aurait pas survenu, durant laquelle un Commandant d'une Division avait exclamé en français l’ordre infâme de: "Sauve-qui-peut!"

Dans le cas particulier de Hieu, Thieu le malicieux joueur d'échecs, a déclenché un fiasco quand il décida, sous l’impulsion du Vice-président Huong de confier à Hieu la fonction d'Investigateur d'Anticorruption. Il pensait écarter ce dernier du domaine militaire grâce à ce rôle purement administratif. Il n'a pas pensé une seconde que Hieu lui donnerait des déconvenues incalculables quand il accomplirait à cœur sa nouvelle fonction.

À l'époque, on pensait que la Commission d'Anticorruption qui a été établie par Thieu et confiée au Vice Président Tran Van Huong, n'était qu'un paravent servant à calmer les Américains lesquels lui reprochaient de promouvoir la corruption de ses protégés. Thieu croyait que Hieu ne pourrait pas faire grand-chose ou qu’il serait réduit à l'inaction face aux manœuvres d’intimidation téléphoniques et à la myriade de lettres anonymes lui promettant des pires vengeances. Thieu ne s'attendait surtout pas que ce fier Général continuerait à claironner " Les chiens aboient, la caravane passe", tout en s'avançant fermement dans l'accomplissement de son devoir. Et ainsi, Thieu était constamment croulé sous la masse d’appels de SOS de ses complices, ceux-ci se plaignaient des actions à répétition de Hieu !

Mais ce que Thieu n'attendait pas du tout, c’était le fait que le Général Hieu n'avait pas hésité de s’investir totalement dans l’affaire de la spoliation du fond de Pension de l’armée. Ce dernier a découvert une filière qui avait pour origine le Ministère de la Défense du Général Nguyen Van Vy, elle passait ensuite par le biais du Premier Ministre Tran Thien Khiem, et aboutissait finalement au Palais présidentiel, dont de Thieu en personne. Hieu se concertait avec le Vice Président Huong et tous deux prenaient la décision de prendre les devants en diffusant en direct les résultats de l'enquête à la télévision une nuit avant que le dossier officiel soit présenté au Président, Thieu était pris de vitesse et mis devant le fait accompli. Il se hâtait de congédier le Ministre de la Défense, le Général Vy, le bouc émissaire, pour éviter la levée de boucliers générale et ordonnait à Hieu de mettre fin à sa série de conférences de presse télévisées. Avant ce scandale, personne n'avait entendu parler du Général Hieu mais à partir de ce moment là, il a été reconnu comme le plus honnête parmi ses cinq collègues propres de l'ARVN (les quatre autres étaient les Généraux Thang, Chinh, Thanh et Truong).

Dans cette affaire, le Général Hieu avait suivi l’exemple de son père. Retournons en arrière en 1955. Mr. Nguyen Van Huong, le Directeur Général Adjoint de la Police reçoit l'ordre de son supérieur, le Général Nguyen Ngoc Le d'arrêter tous les fonctionnaires corrompus de l’établissement. Ce à quoi il lui répond: "Dans ce cas Mon Général, permettez-moi de commencer par vous!" Comme résultat, il a été rétrogradé au rang de Directeur du Centre de Formation de Police.

Soupesant la pièce Hieu dans sa main, l’idée de Thieu consistait à le retirer discrètement de cette fonction. Une occasion se présenta en Octobre 1973: Thieu était tiraillé, harcelé de tous côtés. On lui forçait de se séparer de l’incapable Minh, et sous ces pressions, ce dernier a du quitter le 3ème CA. Il se raccrochait alors au Général Pham Quoc Thuan, son ex Chef d' EM de la 5ème DI. Celui-ci lui formulait une demande express: que Hieu soit son chef adjoint des opérations. Thieu hésitait, ne voulant pas le permettre de retourner à l’armée, mais fléchit quand il s’aperçoit qu’en étant que chef Adjoint, Hieu n’aurait aucune troupe à sa disposition directe, et de ce fait ne représenterait aucune menace, d’autant plus que ses talents de stratège s’avéraient être très utiles en faveur du 3ème CA.

Mais si Thieu, en tant que joueur éclairé, plutôt que d’utiliser Thuan, le substituait par la pièce Hieu, alors l'ARVN aurait eu la joie de récolter les formidables fruits de la victoire du genre de l'Opération Svay Rieng. Dans cette bataille, Hieu avait lancé ses unités d'infanterie et de blindés à travers la frontière et attaquait le QG de la 5ème Division VC à l'intérieur du Cambodge, employant la tactique de "guerre éclair" du Général Rommel, qui consiste à percer en plein cœur la ligne de défense ennemie avec des chars, puis à s'élancer à toute vitesse et tout droit au coeur du sanctuaire de l'ennemi, et se termine par se déployer en éventail derrière leurs positions. Tel était le style unique de combat du Général Hieu: attaquer, au lieu de se défendre, avec la formule de tandem Infanterie Blindée. On devrait se rappeler que depuis 1972, les forces communistes étaient retourné dans le territoire vietnamien grâce à » la passoire » créée sans le savoir par le Général Minh. En 1974, Hieu a été capable d'attaquer jusqu'au QG des VC camouflé en profondeur du territoire Cambodgien. N'était-ce pas formidable?!

En Octobre 1974, quand la campagne d’anticorruption menée par le révérend Tran Huu Thanh atteignit son apogée, Thieu fut dans l’obligation de se séparer des trois chefs de corps, respectivement : Toan (2ème), Thuan (3ème) et Nghi (4ème). Il remplaçait Thuan par le Général Du Quoc Dong mais retenait Hieu comme Chef Adjoint Opérationnel. Puis, suite à la démission de Dong parce que Thieu avait refusé sa demande de faire intervenir les Parachutistes afin de secourir Phuoc Long en péril ; de peur que ceux-ci ne profiteraient de l’occasion pour se retourner contre lui. Thieu introduisit son pion Toan et de nouveau Hieu restait dans la même place. Les spectateurs de ce jeu d'échecs devaient se demander avec raison pourquoi Toan, le proscrit du 2èm CA est de retour maintenant pour le 3ème en occupant la même position ?

Si le joueur Thieu, avait judicieusement choisi son cavalier Hieu au lieu de celui de Toan pour parer à la défection de son pion Dong, alors:

* la 18ème DI du Général Le Minh Dao aurait pu défendre Xuan Loc avec plus de brio et aurait même pu gagner cette bataille;

* la 25ème DI du Général Ly Tong Ba n'aurait pas été forcée par Toan de s'élancer à l'aveuglette sans aucun soutien à l'arrière, une manoeuvre hasardeuse qui conduisit inévitablement à l'échec;

* la 5ème DI du Général Le Nguyen Vy aurait pu livrer une lutte plus efficace avant que les unités communistes aient pu approcher de Saigon;

* la Force de Frappe du 3ème CA du Général Tran Quang Khoi aurait eu l’opportunité de ratisser de long en large dans le périmètre des trois lignes de défense de Saigon. Quand ce dernier entendait à la radio l'ordre du Président Duong Van Minh de se rendre, ses unités de la Force de Frappe d'Assaut du 3ème Corps étaient entrain de se déplacer en formation pour venir au secours de Saigon.

Avec le soin qu’il mettait à déplacer les pièces sur son échiquier, à ce stade du jeu, les spectateurs doivent remarquer sans peine que, aux différents postes clés, Thieu avait fait des manipulations pour y déposé les "jeunes loups obéissants" ou les "vieux Généraux bénis – oui - oui", tandis que les "vieux récalcitrants » étaient tous relégués à l'EMG sous la coupe de son acolyte le Général Cao Van Vien, sauf le "vieux têtu » Hieu. Ce dernier était dans un isolement complet, un agneau au milieu d'une meute de loups affamés. Ceci montre que Thieu reconnaît toujours ses talents militaires en dépit de sa grande méfiance envers lui, il continue à profiter de ses grandes capacités jusqu’au bout. En même temps, on s’aperçoit indubitablement que Thieu était plus préoccupé à sauvegarder sa place plutôt que celle du pays.

Seuls les observateurs attentifs remarquent le mouvement rapide suivant: il met le cavalier Hieu au poste de Commandement d’Avant Poste du 3ème CA. Dans cette position délicate, celui-ci doit organiser la réception des débris des unités du 2ème CA du Général Pham Van Phu à Lau Ong Hoang, Phan Thiet, le 2 Avril 1975. Puis subitement, Thieu s'aperçoit que sans le vouloir, ces troupes sont aux ordres de Hieu. Il s'affole avec l’idée que ce dernier pourrait très bien monter un putsch contre lui et se hâte de le remettre à son ancienne occupation à savoir chef adjoint du 3ème CA pour encore une fois lui retirer tout pouvoir. À la place, il dépose le Général Nguyen Vinh Nghi (un "vieux pantin", qui avait été viré du Commandement du 4ème CA quelque mois auparavant sous la pression de la campagne d'anticorruption).

S’il savait anticiper dans ce contexte, Thieu le joueur avait maintenu Hieu à l'Avant Poste du 3ème CA, les forces communistes seraient butées contre une ligne de défense plus compacte à Phan Rang et auraient plus de difficulté à la franchir.

Quand Thieu s'est rendu compte que sa tactique dont le but est de ramener les Américains à la lutte en sacrifiant les 1ère et 2ème Régions Militaires avait échouée, il s'affolait, en particulier quand le Général Dang Van Quang, son Conseiller Spécial, rapportait que plusieurs groupes étaient en train de rallier aux Généraux possédant des troupes pour fomenter un coup d’état. Nguyen Cao Ky disait que Thieu changeait de place à coucher chaque nuit. Tran Van Don révélait que Thieu lui a confié qu'il avait peur de subir le même sort que le feu Président Diem. Vinh Loc disait que Thieu, qui avait peur même de son propre ombre, est obsédé par l’idée que les Parachutistes et tankistes pourraient passer à l’action...

Le matin du 6 avril 1975, Thieu convoque le Général Hieu au Palais Présidentiel pour une consultation. Ce dernier lui déclare sans détour que la débandade des 1er et 2è CA ont affecté gravement la capacité de résistance de l'ARVN, et par conséquent, il lui est impossible de contenir l'avance rapide de l'ANV. Si les Etats-Unis ne retournent pas de nouveau dans la lutte, l'ARVN sera à court de munitions dans les deux mois qui viennent, et le Président en tant que Commandant en Chef de l'ARVN n'a pas d'autre solution que de donner l’ordre à l’armée de déposer les armes et de se rendre afin d’épargner une effusion de sang inutile.

Le matin du 8 Avril 1975, un jet de combat F5E décollait de Bien Hoa et bombardait le Palais Présidentiel... Le Général Le Trung Tuong, nouvellement nommé Chef d'EM du 3ème CA (après avoir lâchement déserté son commandement de la 23ème DI devant l’attaque des communistes à Ban Me Thuot), celui-ci, à la tête d’une unité de combat, entrait au QG du 3ème CA pour faire disperser les gardes de la Prévôté Militaire... Ce jour-là, l’incontournable cavalier Hieu a été éliminé de l'échiquier...


Nguyen Van Tin
29 Janvier 1999

Mis à jour le 12.12.2002
Révisé le 25.05.2004

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