Chef d'Etat Major du IIème Corps d’Armée

(J'ai eu l'occasion de converser avec le Capitaine Nguyen Minh Am à plusieurs reprises. Il travaillait avec le Colonel Hieu, Chef d'Etat Major du 2ème Corps d'Armée (CA) de 1965 à 1966. Voici les propos que j'ai recueillis concernant ses souvenirs sur le Colonel Hieu).

Je suis sorti de la 18ème Promotion de l'Ecole Militaire des Officiers de Réserve de Thu Duc avec le grade d'Aspirant. Le 1er juin 1965, je me suis présenté au 2ème CA à Pleiku. On m'introduit auprès du Colonel Hieu, le Chef d'Etat Major du IIème Corps d'Armée. Quand j'entre dans son bureau, il est en train de parler au téléphone. Il m'invite à m'asseoir pour l'attendre un moment. Lorsqu'il termine la conversation, il se tourne vers moi et me demande quel est mon point fort à l'école militaire. Je lui réponds que c'est l'analyse cartographique. Il point son doigt vers une carte et me dit de déterminer les coordonnées de la position d'une unité. Bien que je sois intimidé d'être obligé de réciter la leçon devant un Colonel, j'ai pu quant même déterminer le positionnement de celle-ci, ce qui m'a permis de réciter correctement 8 chiffres sur 10. Le résultat de ce bref examen est que j'ai été assigné à travailler au 3ème Bureau où il est requis d'être fort en matière de la lecture des cartes.

Je n'aimais guère travailler au 3ème Bureau pour plusieurs raisons. La première c'est qu'il n'est pas facile d'avoir un boulot d'appoint, comme c'est le cas avec les autres unités. La seconde raison c'est l'écrasante responsabilité de ce travail: la vie des troupes en opération dépend de la performance rigoureuse de ceux qui s'occupent de ce Bureau. La troisième c'est le fait que l'Unité de Sécurité Militaire surveille de près le personnel de ce bureau opérationnel afin d'empêcher l'infiltration des espions ennemis. La quatrième raison c'est que le Colonel est très intransigeant envers ses subordonnés. Toutes fautes, même bénignes sont immédiatement décelées. Cependant il ne gronde jamais, il les corrige simplement avec une voix douce et ferme. Par exemple, pendant un vol en hélicoptère de commandement C&C, il me demande si la région survolée est peuplée par des civiles, par des troupes amies ou par des Viet Cong. Je lui fournis une fois par erreur que c'est une région contrôlée par les derniers. Il me dit que je dois revoir la carte d'opération, parce que s'il donne l'ordre à l'artillerie de la bombarder, les obus tomberaient sur la tête de nos propres soldats. La cinquième raison c'est que ceux qui travaillent sous les ordres du Colonel Hieu ne font pas partie des privilégiés à l'avancement rapide; il ignore le favoritisme et ne recommande pas les promotions avec légèreté contrairement à beaucoup d'autres commandants d'unités. Cependant, lorsque j'ai besoin d'un congé de quelques jours, il me l'accorde aisément en la prolongeant s'il le faut de quelques semaines supplémentaires.

Le Colonel Hieu possède une mémoire extraordinaire. Il connaît par coeur les coordonnées de chaque unité de sa région sans avoir le besoin de consulter la carte. Par exemple, quand je commets l'erreur en lui transmettant les coordonnées d'une localité quelconque, il me dit que je dois les réviser, car s'il ordonne les tirs d'artillerie, les obus tomberaient sur une unité blindée en opération à cet endroit là. Conscient de ce fait, les unités en opération n'oseraient pas tricher sur leurs vraies positions. Par exemple, une fois il demande à une unité ayant le devoir d'attaquer une position ennemie, si celle-ci a déjà atteint l'objectif, il reçoit une réponse affirmative de la part du commandant de cette unité. Ce dernier, n'ayant pas osé se mesurer à l'ennemi, a menti. Hieu lui demande de confirmer encore une fois sa position exacte, faute de quoi l'artillerie commencerait à nettoyer et les obus tomberaient sur son unité et non pas sur celle de l'ennemi. Ce dernier se hâte de demander un peu plus de temps pour pourvoir fournir des coordonnées plus exactes.

Le Colonel Hieu nous donne la leçon suivante: en préparant une attaque, il n'est pas assez de connaître l'identité des unités ennemies impliquées, il est impératif de savoir les tactiques favoris du commandant adverse, telles que "l'attaque de diversion à l'Est mais le but réel est l'Ouest " ou "encercler un avant-poste pour mieux embusquer la colonne de secours". Et d'élaborer un plan d'opération militaire approprié. C'est pourquoi Le Colonel Hieu ordonne toujours à son Bureau de renseignement d'obtenir l'identité des unités ennemies aussi bien que le dossier psychologique de leurs commandants.

Chaque matin, Le Colonel Hieu rencontre brièvement chaque bureau de l'état major, écoute les rapports de chaque chef et donne les ordres du jour. A la fin de chaque session, il réserve toujours le temps pour les questions-réponses, qui ordinairement ne s'avère pas nécessaire parce qu'il était concis et tout à fait clair dans ses ordres.

Les conseillers américains admiraient beaucoup Le Colonel Hieu. Ils se demandaient où avait-il pu acquérir sa connaissance approfondie des choses et admettaient volontiers qu'il est bien meilleur qu'eux.

Le Général Vinh Loc respectait grandement Hieu. Quand il rencontrait des difficultés, il les envoyait toujours à "Oncle Hieu" pour les résoudre.

J'ai rencontré de nouveau le Général Hieu lorsqu'il était Commandant de la 22ème Division d'Infanterie à Qui Nhon en 1969, quand je fus assigné à suivre le premier cours de formation de Commandant de Compagnie organisée par la 22ème Division d'Infanterie. Un jour, le Général Hieu faisait une visite au Centre de Formation situé à Phu Tai. Il m'a immédiatement reconnu parmi les candidats; il s'approchait et bavardait brièvement avec moi, car je n'oserais pas faire le premier pas.

Capitaine Nguyen Minh Am
13 octobre 2002

Mis à jour le 19/10/2002
Révisé le 25.03.2004

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