Histoire de mon Frère, le Général Hieu

10è Chapitre
Bureau du Vice Président

Le Président Thieu confie au Vice-Président Tran Van Huong la mission d’investigation et d’éradication de la corruption dans le gouvernement après avoir gagné l’élection d’octobre 1971. Ce dernier rencontre des difficultés dans le recrutement de quelqu’un qui soit courageux et capable de remplir ce poste d’Assistant Spécial en charge d’anti-corruption. Dans une réunion avec l’Ambassadeur Bunker, le Vice-Président Huong “précise qu'il est difficile de trouver des officiers incorruptibles et audacieux pour travailler dans ce domaine.” Ce n’est qu’en février 1972 qu’il a réussi à recruter mon frère pour lui porter main de ce poste bien délicat.

Quant à mon frère, donnant le choix, il n’a pas choisi le travail facile de directeur de l’Académie Militaire de Dalat, mais a choisi le dur poste d’assistant spécial en charge d’anti-corruption, car il réalise que la corruption était le fléau qui a démoralise l’Armée et pense qu’il pourrait aguerrir la capacité de combat de l’Armée en éradiquant la corruption.

Le 12 février 1972, au nom du Vice-Président Tran Van Huong, mon frère et le juge Nguyen Thanh Van, entrent dans la chambre à coucher de l’évêque Jean Cassaigne de l’léproserie Di Linh, pour le décorer avec la Médaile d’Honneur National.

Le rapport sur les Données Biographiques du Général de Division Nguyen Van Hieu écrit, “Lorsqu’il quitte le 1er Corps d’Armée pour assumer sa nouvelle position, il apparaît ardent de confronter ce qu’il appelle “le plus pressant problème faisant face à la République du Viet Nam”. Mon frère “a personnellement observé le déclin du Gouvernement Nationaliste Chinois dans les années 40s, un déclin qu'il attribue en large part à l'impuissance du GRC de faire face adéquatement avec la corruption.” Mon frère “dit qu'il atteint le point où il est convaincu que ou "nous corrigeons nos fautes ou les communistes les corrigeront pour nous.” Il est également “convaincu que si aucun moyen ne puisse être trouvé d'attaquer le problème efficacement, il pourrait bien devenir un facteur décisif de basculer la population vers les Communistes dans la lutte politique à venir.”

La toute première cible de corruption visée par mon frère était le Fonds d'Aide Mutuelle et d'Epargne des Soldats (FAMES). Ce fonds a été formé avec la contribution mensuelle de 100 piastres de chacun d’un million de soldats. La capitale a gonflé jusqu’à 3 millions de piastre et a été utilisé par le Général Vy pour la création d’un banque et de six compagnies: COGIVINA , SICOVINA, VICCO, VINAVATCO, ICICO. Mon frère “dit que son personnel consiste seulement lui et un aide, ce qui est totalement inadéquate.” Et que “en mai 1972, Hieu dit aux officiels d’Ambassade que la campagne d’anticorruption ne va nulle part et que les Ministres de cabinet et le Premier Ministre ne coopèrent pas avec lui”, en outre “certaine pression a été exercée de différentes directions contre les investigateurs de FAMES. Quelques officiers du Service de Sécurité Militaire travaillant dans le cas ont été rappelés par des personnes dans le MDN qu'après l'investigation soit conclue ils demeurent encore sous la discipline du MDN. Ceci est considéré comme étant une menace par les officiers du SSM impliqués.”

En dépit du manqué de conditions de travail et de collaboration de la part de différents bureaux gouvernementaux, mon frère a pu achever l’investigation du FAMES – un rapport de 50 pages – et a l’a présenté directement au "peuple de la nation, généraux, et amis combattants " sur la TV le 15 juillet 1972.

L’Ambassadeur Whitehouse commente:

Les charges du Général Hieu télévisées, détaillées de la corruption et mal gestion de FAMES sont sans précédentes au Viet Nam. Le Général de Corps Nguyen Van Vy, Ministre de la Défense, et le Général de Corps (retraité) Le Van Kim étaient parmi ceux qui étaient accusés par le Général Hieu d'avoir permis et participé dans les activités financières illégales. Suivant le rapport du Général Hieu et agissant sur la recommendation du Vice Président Huong, le Président Thieu a licencié le Général Vy et a imposé des mesures disciplinaires sur un nombre de principaux dans l'affaire FAMES.

Parallèlement au FAMES, mon frère a également investiguer la corruption chez les officiers généraux. Cependant le Vic-Président Huong a décidé de mettre un moratoire sur cet affaire. Dans une réunion avec l’Ambassadeur Bunker le 18 juillet 1972, il dit:

Le Vice-Président est d'accord qu'une campagne intense serait désirable mais précise qu'à l'heure actuelle le Président Thieu doit utiliser des officiers compétents et courageux même s'ils ne sont pas entièrement propres. Quand la situation militaire le permettra, ces officiers seraient remplacés. Dans ce contexte, le Vice-Président dit que c'était en partie grâce à ses efforts que les Généraux Lam et Dzu ont été remplacés. Il a également attiré l'attention de l'enlèvement récent du Chef de Province de Vinh Long pour cause de corruption.

Au lieu de cela, mon frère imagine et fait de grands plans pour attaquer toutes les directions. Il mentionne la Compagnie d’Electricité, Air Vietnam, le Conseiller Spécial du Président, le Général de Corps d’Armée Dang Van Quang, la Branche Judiciaire, la Police Judiciaire et le Programme Phung Hoang.

La Compagnie d’Electricité, Air Vietnam, le Conseiller Spécial du Président, le Général de Corps d’Armée Dang Van Quang n’ont pas pu être investigués à cause de l’intervention du Président Thieu (sa fille était sur le point de marier le fils du directeur d’Air Vietnam et le Président protège son proche associé).

L’investigation de la Branche Judiciaire rencontre une forte résistance de la part du Ministre de la Justice, Le Van Thu, qui accorde la protection au Juge Huynh Khac Dung. Mon frère dit que “qu'il y avait des indications que l'essence volée du Shell à Nha Be peut être a été transportée au Cambodge et vendue à l'ANV. En tout cas, dit-il, la fréquence des pratiques de corruption dans le sein du système judiciaire, y compris la connivence parmi les juges, avocats, procureurs et demandeurs, est une affaire sérieuse.”

L’investigation de la Police Judiciaire a été interrompu par l’action du Colonel Nguyen Khac Binh. Au lieu de punir les coupables, ce dernier est l'instigateur d'un transfert total de tous les officiers de police judiciaire de la région à niveau du district.

Le principal problème dans le programme de Phung Hoang était “les paiements en retour pour le relâchement des suspects Viet Cong .” Mon frère dit “u'il y a "trop" de telles allégations impliquant le programme Phung Hoang et que cette sorte de chantage est particulièrement nuisible à la fois au prestige du GVN parmi le peuple et à l'efficacité de Phung Hoang.”

Dans une réunion avec un fonctionnaire de l’Ambassade Américain le 23 février 1972, mon frère offre les remarques suivantes

Hieu dit qu'il considère les résultats jusqu'ici "décevants". Les réussites obtenues accomplies ne correspondent nullement à la dimension du problème. Il attribue l'absence relative du succès aux facteurs suivants:

(a) ) Bien que le Vice Président Huong semble avoir été accordé pleine autorité par le Président dans la campagne anti-corruption, Huong en réalité possède les pouvoirs discrétionnaires de conduire les investigations, ou de demander que les investigations soient conduites, seulement contre les personnes de rang de chef de district ou moins.

(b) Pour les investigations des individus de rang de chef de province ou au-dessus, Huong n'entamera pas l'action sans obtenir au préalable l'autorisation du Président. Hieu dit que dans un grand nombre de cas cette autorisation a été difficilement accordée.

(c) Les considérations autres que les faits eux-mêmes sont souvent introduits, même dans l'investigation des cas au niveau de chef de district ou plus bas. Ces facteurs, Hieu dit, inclue la relation de l'accusé aux personnalités proéminentes soit par les liens de famille soit par d'autres liens d'influence. Hieu dit qu'il dépense beaucoup de son temps essayant d'écarter l'introduction de tels facteurs dans la considération des cas de corruption, mais il laisse sous-entendre que le Vice Président Huong lui-même parfois sent obligé de donner du poids à ces facteurs.

(d) La Vice-Présidence manque encore un personnel et un fonds suffisants pour conduire des investigations de grande envergure de corruption. (Hieu a parlé fréquemment de ce point aux fonctionnaires d'Ambassade.)

Mon frère a été déçu parce que le Vice-Président Huong était réticent à enquêter sur les cas de corruption liés au Président Thi eu.

Il cite comme un exemple un député qui a été clairement impliqué dans des activités de corruption. Hieu dit qu'il présent le dossier au Vice Président Huong, qui note que le législateur est un membre du bloc pro-gouvernemental et le jour auparavant il a diné avec le Président. Huong conseille de ne pas poursuivre l'affair. Un autre exemple, dit Hieu, est Colonel Pham Kim Quy, Chef du bloc judiciaire de la Police Nationale. Selon Hieu, d'énormes corruptions dans le service d'immigration de la Police Nationale, une branche du bloc judiciaire, ont été traquées directement au Colonel Quy, qui est bien connu proche de l'Assistant du Président Dang Van Quang. Le Vice Président Huong est également peu disposé à poursuivre ce cas, déclare Hieu.

Au cours de l'année 1973, mon frère a passé la plupart de son temps à enquêter sur la corruption de certains chefs de province: le Colonel Nguyen Van Nghiem, Chef de Province de Phu Bon (Mars 1973); le Colonel Nguyen Van To, Chef de Province de Phu Yen (Mars 1973); le Colonel Tran Trong Nghia, Chef de Province de Go Cong (Mai 1973) et en particulier le Colonel Mach Van Truong, Chef de Province de Long Khanh (Août 1973).

Hieu dit que Colonel Mach Van Truong, récemment nommé Chef de Province de Long Khanh, a dans les dernières semaines fait de nombreux approches au Commandant Sung, un de ses chefs de districts, demandant que Sung extorque l'argent des opérateurs de bois dans son district et de procurer à Truong une portion majeure de ces recettes. Hieu dit que Commandant Sung, qui était Commandant du 8ème Régiment, 5ème Division, quand Hieu était Commandant Général de la 5ème Division, et bien connu dans l'ARVN de sa stricte honnêteté. Sung rapporte à Hieu l'approche fait par Colonel Truong, disant qu'il a dit à Truong qu'il ne pourrait pas accéder à sa demande et par conséquent souhaite être transférer ailleurs. Hieu commente au fonctionnaire d'ambassade que Truong est un ancien associé du Général de Corps Nguyen Van Minh, CG RM 3, et que Hieu est convaincu que Minh a nommé Truong comme Chef de Province en partie afin d'assurer son contrôle sur le commerce lucratif du bois dans Long Khanh. Hieu recommende que ce cas soit investigué mais note que ceci dépend du Président Thieu et du résultat des contacts entre Thieu et le Général de Corps Minh.

Lorsqu’il est demandé sur son attitude envers son travail, mon frère

répète la ligne fondamentalement pessimiste qu'il a donnée aux fonctionnaires de l'Ambassade dans le passé (voir Saigon A-42). Le problème de corruption est énormément difficile, dit-il, et est compliqué par des facteurs tels que l'inflation, qui ronge les pensions et par conséquent augmentent la tentation d'activités engendrant l'argent impropre. Au sommet de ces problèmes est celui de trier les accusations de corruption fausses de celles réelles, ces dernières instiguées par les communistes dans certains mais pas tous les cas. Prétendre qu'il y a corruption est considéré une façon facile de détruire la réputation d'un ennemi personnel ou politique. Hieu dit que des mesures "drastiques" sont nécessaires qui constitueraient une "révolution" virtuelle dans le publique et l'approche gouvernementale au problème de corruption.

Mon frère “note qu’il y a eu trop peu de cas réussit et que l’une des première raisons pour cela était le manque de soutien de la part du Président.”

En assumant la tâche d’Assistant Spécial en charge d’anti-corruption, mon frère a montré qu’il possède les compétences autres que militaires. Il traite avec dextérité les problèmes dans les domaines du droit, de la justice, des finances, des affaires, de l’économie et politique, et a interagi avec facilité avec les ministres et experts en droit, justice, finance, affaires, économie, comptabilité et politique.

Le poste d’Assistant Spécial en charge d’anti-corruption a pris un péage ur lui. Il a considérablement vieilli en conséquence.


Assistant Spécial en charge d’anti-corruption

Pendant le temps qu’il travaille à la Vice-Présidence, mon frère demeure au complexe des officiers de Chi Hoa. J’ai eu plus davantage d’occasions de lui visiter là plus qu’auparavant. Il m’offre de partager ses repas préparés par sa femme à la maison et dit qu’il ne pouvait pas se permettre de m’amener manger à un restaurant.

Madame la Général Nguyen Xuan Thinh dit que sa famille et celle de mon frère se rencontrent souvent le dimanche après la messe à l’église des Rédemptoristes. A cette époque, le Général Thinh était Commandant d’Artillerie. Elle ajoute que, sur chacune de ces occasions, ils invitent la famille de mon frère à prendre le petit déjeuner chez eux parce qu’ils savaient que mon frère n’a pas le luxe de prendre sa femme et ses six enfant à un restaurant Pho, en dépit de son salaire d’Assistant Spécial e charge d’anti-corruption!

Nguyen Van Tin
Le 4 Août 2015


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