Histoire de mon Frère, le Général Hieu

5è Chapitre
1è Division d’Infanterie

Le rapport sur les Données Biographiques du Général de Division Nguyen Van Hieu rédigé par l’Ambassade Américaine écrit:

9. Le 13 août 1963, Hieu est nommé Chef d’Etat-Major de la 1ère Division d’Infanterie. Le Commandant de la Division à l’époque est Do Cao Tri, qui a obtenu le rang de Général de Brigade. Tri devient le Commandant du 1er Corps d’Armée/1è Région Militaire quelque jour après, mais aussi apparemment détient le commandement de la 1è Division en attendant un nouveau commandant de la Division qui est seulement nommé le 12 décembre 1963 lorsque Tri devient le Commandant du 2è Corps d’Armée/2è Région Militaire.

10. En tant que Chef d’Etat-Major de la 1è Division, Hieu est l’officier supérieur en commandement des troupes à Hue pendant la chute de Diem en 1963. Par son propre récit, Tri l’a tenu dans l’ignorance à-propos du coup jusqu’à ce dernier est en cours.

Le LTC Duong Dien Nghi raconte:

Une fois en place, le Colonel Do Cao Tri propose au commandant Hieu, à l’époque chef du 3ème bureau de la 1ère région militaire (RM), de devenir son chef d’État Major à la place du Lt-Colonel Nguyen Ho. A peine arriver, ce dernier est confronté à l’affaire des oriflammes bouddhiques à l’occasion de l’anniversaire du bouddha (5/1963). Durant toute cette nuit-là, les adeptes sont réunis devant le siège de la station radiophonique de Hue, et la révolte commença, engendrant ainsi un climat tendu et une pagaille continuelle.

Au début, les autorités locales réagissent avec fermeté et réussirent à ramener le calme. Mais çà ne dura pas, car au fur et à mesure de l’intensité de la crise, ces dernières se font dépasser.

Le comité central décide alors de confier cette rude mission au patron de la 1ère DI, le responsable du 11ème secteur stratégique pour stabiliser la situation.

Nous considérons, pour notre part, que cette lutte est une épreuve psychologico-culturo-morale. Des deux camps, l’esclandre s’engage ouvertement afin de rallier, chacun de son côté, la population en sa faveur, moyennant des haut-parleurs ainsi que des manoeuvres de propagandes diverses.

Le Colonel Do Cao Tri convoque l’État-major, donne des directives et considère que le domaine psychologique est la figure de proue et qu’il doit bénéficier une coopération plus active de la part des 2, 3, 4ème bureaux ainsi que la sécurité militaire. Il assigne alors conjointement, moi et le Commandant Hieu la mission de le mener à bien.

Pour nous, cette bataille des mots est indispensable, d’abord pour contrer les arguments d’adverses et ensuite, pour démasquer les taupes VC, des vrais profiteurs de cette crise. Autres que les moyens existants, à savoir la compagnie de «guerre psychologique», la station de radio, l’agence de communication de Thua Thien, le bureau de vérification de presse, nous avons reçu en renfort le concours des agences habillés en civil noyant dans la masse des contestataires…et depuis lors, j’avais fait une plus ample connaissance du commandant Hieu.

La situation continue à se dégrader de jour en jour. Le groupe d’étudiants procommunistes opère à visage découvert sous la conduite du vénérable Tri Quang, de la pagode de Tu Dam. Selon nos renseignements, les taupes VC sont venues grossir leur rang en se faufilant parmi la foule, poussant celle-ci à aller encore plus loin dans la révolte, laquelle leur est tout à fait bénéfique. Souvent, le Commandant Hieu et moi, sommes obligés de passer des nuits blanches pour bien parer aux plus urgents, à cause de la mobilité du groupe subversif. Tantôt, il nous provoque dans un endroit pour aussitôt passer dans un autre. Il faut dire que Hue est le berceau du Bouddhisme, et de là son influence est grande et ses actions sont répercutées dans le pays entier.

Malgré la tension et les aléas, Hieu reste calme et imperturbable. Je l’ai suivi et rempli les tâches sans penser à me restaurer ou dormir. Tard dans la nuit, il reste souvent seul dans son bureau. Je lui suggère de lui projeter quelques films pour le distraire, il me répond gentiment: «Attendons que le boulot soit fini, d’autre part, la projection peut nuire au sommeil de nos soldats campeurs».

Toujours poli, jamais un mot plus haut que l'autre, il n'a jamais eu de geste d'agacement vis-à-vis de qui que ce soit. Il déjeune toujours au mess, et le soir, juste une heure de pause chez lui pour ensuite revenir au cabinet de travail. A ses côtés, un lit de camp et un mini transistor pour être au courant des événements du jour.

Chaque matin, je lui soumets le compte-rendu ainsi qu’au patron de division, dans lequel se trouve la revue de presses nationales et internationales ayant des rapports avec le VietNam : Surtout les articles parlant de Hue. Il s’est montré prudent, parfois sceptique mais en même temps me rassure; il dit que tout finira par rentrer dans l’ordre, et que je n’ai pas à craindre puisqu’on ne fait qu’obéir aux ordres de nos supérieurs.

A un moment donné, il m’a suggéré d’aller sonder l’opinion du conseiller des affaires civiles US à propos de ce problème. Tout en riant, la réponse du Capitaine US fut mi-figue, mi-raisin: «c’est plutôt vous qui deviez être mon conseiller!». Ayant décelé le fond de sa pensée, je le rapporte au commandant Hieu et le patron divisionnaire, tous les deux ont éclaté de rire une fois au courant.

Le Colonel Tri, très souvent me recommande fermement de faire attention à propos des commentaires radiophoniques ainsi que les contenants des tracts diffusés à l’intention du public, et une concertation avec Hieu est fortement conseillée. J’avais une fois reçu la mission d’aller à la pagode de Tu Dam en tant que l’envoyé de l’autorité afin de régler la question de l’eau et de l’électricité coupées. Me jugeant trop inférieur en grade pour assurer seul cette responsabilité, j’avais demandé de n’être qu’accompagnateur d’un autre officier plus gradé que moi. Hieu me rassure: «le patron vous fait confiance. Vous pouvez aller sans crainte négocier avec les responsables de la pagode, mais faites attention, ne vous laissez pas prendre en otage, ce serait très compliqué; et n’oubliez pas de signaler votre présence à nos groupes opérationnelles dans ce secteur.»

Vaquant quotidiennement auprès des délégations de presses nationales étrangères, j’avais remarqué que le Commandant Hieu parle un anglais impeccable et en outre, j’avais appris qu’il pratiquait également le français, le mandarin, et l’allemand. Il était très diligent et jovial mais aussi très strict en discipline. Nous, les jeunes officiers de l‘époque l’idolâtrions et rêvions de lui ressembler: ses cheveux en brosse, son uniforme impeccable, et il était toujours disponible, sociable envers tout le monde. Il était également très simple à se nourrir et ne fumait pas. A croire qu’aucune passion ne l’attirent, ni aucun vice ne l’anime.

Nos efforts conjugués ont fini par faire reculer l’adversaire. La situation est devenue assez calme au courant du mois de 9/1963, et c’était le moment où le Colonel Tri obtint sa première étoile. Mais à peine deux mois plus tard le 1/11, une calamité survint: Le Président Ngo Dinh Diem et son frère furent assassinés, et le comité militaire prenait le contrôle du pays. Profitant de l’occasion, les Bouddhistes de Hue reprirent l’attaque de plus belle contre les figures de proue, «les oppresseurs de religion» issus de la 1ère DI. Et me revoici en première ligne, car entre-temps, j’avais assumé en plus la charge de directeur de la station de radio.

Un décret émanait du comité central a promis au Général Tri d’ajouter une étoile de plus sur ses épaulette; le Commandant Hieu a été également promu Lt-Colonel, le Capitaine Ton That Khiem, chef du 3ème bureau a été élevé au grade de commandant, et moi-même passait de Lieutenant à capitaine.


Dương Diên Nghị

Tôn Thất Khiên

Durant l’absence du Général Tri partant pour Saigon participer à la réunion du comité central, au QG, le Lt-colonel Hieu enlève ses galons et les pose sur les cols du Capitaine Ton That Khiem, ce dernier répète le même geste en ma faveur. Tous trois, malgré cet événement heureux, n’avions pas pu nous réjouir comme il se doit, car une chape de plomb nous est tombée dessus, et plus que jamais, l’instant est grave car notre première république était en grand danger. Le Président Diem et son frère Nhu ont été sauvagement exécutés; en outre, sans surprise, les étudiants et les Bouddhistes reprennent la révolte et nous montrent du doigt; spécialement à mon encontre: le principal responsable de l’anti-résurrection religieuse, même sans effusion de sang. Je dois confronter en permanence aux dialogues de sourds puisque les arguments sont devenus de plus en plus opaques. Néanmoins, j’avais acquis, grâce à cette confrontation, des expériences mémorables.

Certes, le comité révolutionnaire a la maîtrise du pays, mais la situation reste confuse. C'est pourquoi, après avoir pris la relève du Gén. Le Van Nghiem en tant que patron de la 1ère Région Militaire (RM), le Gén. Do Cao Tri s’empresse de nommer le Lt-Colonel Hieu comme commandant intérimaire de la 1ère DI, en l’élevant à cette occasion au rang de Colonel. Et dans la foulée, le Commandant Khiem devient Lt-Colonel chargé de l’EM divisionnaire. Ces avancements ont lieu à environ trois semaines après le coup d’état.

Remarque: Au lieu de “environ trois semaines après le coup d’état”, ce fut plus tôt “environ trois jours après le coup d’état”, comme mon frère quitte la 1è Division le 11/11/1963 pour un autre poste quelque part.

Selon les deux ci-dessus mentionnés, mon frère ne semble pas être d’accord avec le coup d’état:

En tant que Chef d’Etat-Major de la 1è Division, Hieu est l’officier supérieur en commandement des troupes à Hue pendant la chute de Diem en 1963. Par son propre récit, Tri l’a tenu dans l’ignorance à-propos du coup jusqu’à ce dernier est en cours.

Tous trois, malgré cet événement heureux, n’avions pas pu nous réjouir comme il se doit, car une chape de plomb nous est tombée dessus, et plus que jamais, l’instant est grave car notre première république était en grand danger. Le Président Diem et son frère Nhu ont été sauvagement exécutés.

Lorsque le Général Do Cao Tri est promu au Commandement du 1er Corps d’Armée pour remplacer le Général Le Van Nghiem le 21 aôut 1963, il quitte la 1è Division située à Hue pour se rendre à Danang, mais il détient le commandement de la 1è Division concurremment avec son nouveau poste. Il fait le Commandant Hieu Lieutenant-Colonel et le nomme commandant intérimaire de la 1è Division (un fait très peu connu par beaucoup de personnes). Le 3 nombre, le Colonel Tran Thanh Phong est officiellement nommé Commandant de la 1è Division. Il y également un autre fait peu connu – même le document de l’Ambassade Américaine cité au début de ce chapitre fait une erreur – est que: où c’était-il aller et faire par la suite ? Cette question sera répondue dans le chapitre suivant. where did my brother go and do afterwards? This questiion will be answered in the next chapter.

Nguyen Van Tin
Le 19 Juillet 2015


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