Quarterback versus Entraîneur

Un visiteur de la Page du Général Hieu a commenté: "L'ARVN possédait assez d'officiers compétents au niveau de régiment et au-dessous, mais au-delà de ce niveau, la plupart de généraux n'étaient pas capables. Le commandement d'une division et d'un corps d'armée (CA) demande la compétence en stratégie et en état major. Beaucoup de généraux ne savaient qu'attaquer comme un buffle, et manquaient de stratégie (par exemple, l'opération Lam Son 719, le retrait des Hauts-Plateaux du 2ème CA). J'admire beaucoup la compétence et la vertu du général Hieu, qui avait la capacité stratégique de commander au niveau de division et au-dessus." (Pham Khiet, Commentaires des Lecteurs #54).

Le Général Hieu n'a eu aucune expérience de combat au niveau de régiment et au dessous, n'ayant été affecté à sa première charge de commandement d'une division directement qu'après une longue carrière exclusivement dédiée à l'état major. Néanmoins, en dépit de ce handicap, il apprenait vite et en un rien de temps a pu devenir un commandant de division chevronné d'abord à la tête de la 22ème, et puis de la 5ème Division d'infanterie (DI).

Le Général Pham Van Phu et le Général Ngo Quang Truong étaient réputés en tant que commandants formidables au niveau de bataillon et de régiment. Cependant, à la lumière des débâcles du 2ème CA aux Hauts Plateaux et du 1er CA à Da Nang en mars 1975, beaucoup d'avis ont été exprimés laissant entendre que ces deux braves et chevronnés généraux avaient été affectés à des positions qui dépassent leurs compétences quand ils ont été élevés aux niveaux de division et de corps d'armée.

Qu'est-ce qui fait qu'un bon officier devienne un bon commandant de régiment ou de division? Est-ce que les qualités sont équivalentes pour ces deux fonctions ? En d'autres termes, est-ce qu'un bon commandant de régiment peut-il devenir nécessairement un bon commandant de division?

Au risque de simplifier à outrance, on peut dire qu'un bon commandant de régiment devrait posséder le taux suivant de qualifications: 80% en tactique et 20% en stratégie. Mais ce pourcentage est renversé pour celui de division: 20% tactique et 80% stratégie. Quand un bon commandant de régiment est promu au commandement d'une division et n'étant pas capable d'inverser les pourcentages mentionnés ci-dessus, il ne serait pas apte à la diriger.

Pour prendre une analogie d'une équipe de football, un commandant de régiment est comme son quarterback et un commandant de division son entraîneur. Le quarterback travaille plus directement avec ses co-équipiers. Il est présent sur le terrain avec eux; il les commande, il sue, il s'exerce avec eux, il risque de se blesser autant qu'eux. De même, le commandant de régiment se trouve au milieu du champ de bataille avec ses hommes; il les commande par ses exemples, il flirte avec la mort comme ses hommes, il est présent à la 1ère ligne avec eux. L'entraîneur, par contre, joue un rôle indirect dans une équipe. Il choisie et travaille avec ses adjoints et se tient aux abords du terrain. Il conçoit les stratégies et décide le plan tactique de jeux à chaque moment. De même, le commandant de division travaille sur la stratégie d'ensemble, et donne des instructions tactiques à son commandant de régiment en pleine bataille.

Le quaterback et l'entraîneur sont tous deux importants. Cependant, entre les deux, le second détient un rôle plus important que celui du premier. Bien que le quarterback puisse être plus renommé et mieux rémunéré que l'entraîneur, le rôle de ce dernier est un facteur plus déterminant que celui du quarterback dans la victoire de l'équipe.

Il est intéressant de noter que dans l'histoire du football, aucun bon quarterback n'a jamais pu devenir un bon entraîneur. Et il est évident qu'un entraîneur ne peut jamais devenir un bon quarterback en raison du manquement de fraîcheur physique.

Dans l'arène militaire, nous rencontrons des généraux qui sont ou bons tacticiens avec des expériences directes de combat mais manquent de talents stratégiques - tel que le Général Patton - ou bons stratèges sans expériences de combat - tel que le Général Eisenhower ou Colin Powell. Le Général Nguyen Van Hieu semble être une exception, qui était un bon tacticien ayant eu suffisamment d'expériences de combat en tant que commandant de division de la 22ème DI et de la 5ème DI, et parallèlement était un bon stratège en étant Chef d'Etat Major du 1er CA et du 2ème CA, puis Commandant Adjoint/Opérations du 1er et du 3ème CA. Pour employer notre analogie, le Général Hieu était capable d'être un bon quarterback et/ou entraîneur!

Le Général Do Cao Tri, Commandant du 1er CA avant janvier 1964 et du 2ème CA après janvier 1964 avait le Colonel Hieu comme Chef d'Etat Major deux fois consécutives. Il a décelé dans son principal stratège les qualités exceptionnelles d'un tacticien. Par conséquent, il l'a nommé Commandant de la 22ème DI, avant de céder les commandes du 2ème CA au Général Nguyen Huu Co en septembre 1964; et plus tard, quand il assumait le commandement du 3ème CA en 1968, il a de nouveau confié à Hieu les commandes de la 5ème DI en août 1969.

Le Général Hieu a manqué l'occasion de devenir Commandant du 3ème CA en février 1971 quand le Général Tri, qui lui a choisi et recommandé à le remplacer, a été tué dans un accident d'hélicoptère. Et il n'a pas eu la chance de devenir Chef de l'Etat Major Général sous le gouvernement du Président Tran Van Huong, parce qu'il a été assassiné le 8 avril 1975. Et ainsi, parce qu'il n'était pas politiquement correct sous le régime de Thieu, il n'a pas été promu au rang de Général de Corps d'armée et de ce fait, il n'a pas eu d'occasions d'utiliser toute l'étendue de ses capacités potentielles en tant que tacticien/stratège.

Nguyen Van Tin
04 août 2000.

Mis à jour le 18.09.2000
Révisé le 30.09.2003

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