La Bataille Plei Me Se Situe au Tournant de la Guerre

La plupart des gens préfèrerait se battre pour sortir de Plei Me plutôt que pour y rester. Situé à un coin éloigné des hauts plateaux du Centre Vietnam, l’avant-poste est bafoué par le vent qui soulève la poussière rouge en tourbillons à travers les bâtiments ternes. Pendant la saison pluvieuse la boue remplace la poussière. Autour du camp est la brousse qui peut – et en fait – rendre possible à l’ennemi d’approcher environ 50 yards sans être détecté. Les voisins les plus proches sont dans un autre village fortifié, Duc Co, environ 20 miles de distance. C’est un endroit où il n’y a rien à voir, très peu à faire, et seulement très peu de personnes n’y ont quelque chose à y faire. Vers la fin de l’année qui voit la guerre du Vietnam grandir d’une opération de guerrilla à un conflit majeur, la bataille Plei Me se situe à un moment décisif.

Jusqu’au moment quand le bain de sang débute dans les heures sombres d’octobre 19, les communistes sont convaincus que les forces américaines tiendraient le coup et lutteraient dans une bataille rangée où les pertes seraient certainement très lourdes. C’était, en effet, la première bataille sur place de la guerre. Le camp en lui-même n’était pas le principal objectif de l’attaque, dans l’opinion de la plupart des officiers engagés. "Presque tout le monde semble sentir que leur principal objectif était d’embuscader la colonne de secours," explique le Capitaine Harold M. Moore, commandant de l’unité des Forces Spéciales au camp."Mais,"ajoute-t-il, "Je suis convaincu qu’ils ont toute intention de prendre le camp, aussi." Les sentiments de Moore sont compréhensibles. A l’âge de 24 ans, et avec sept ans dans l’Armée, il vient d’assumer le camp tout juste deux semaines avant l’attaque. Tout était calme dans la région pendant les mois précédents. Moore, de Pékin, Ill., a seulement sept soldats et environ 250 Montagnards pour défendre le camp triangulair. Cinq barrières de fils barbelés entourent les bas bâtiments en bois et les bunkers où des gamins de 10 et 12 ans font la garde avec leur pères.

"Le premier signe du trouble parvient environ 7 heures du soir où une de nos patrouilles est attaquée," Moore explique. "Ils ont dû lutter pour en sortir et la plupart d’entre eux retournent dans le camp le matin suivant." Trois heures après, un avant-poste d’environ 2.000 yards du camp est envahi par deux compagnies Viet Cong."Mais ils n’ont pu le prendre que quand les munitions sont vidées," dit Moore. "Les 25 hommes ont lutté jusqu’à leur mort.."A 11 heures de la nuit, l’assaut sur le camp principal commence. "En premier lieu ce sont les tirs des mortiers et des fusilles sans recul de 75 mm. La plupart de nos morts à l’intérieure du camp surviennent pendant les quelques premières minutes," dit Moore. La bataille fait rage tout la nuit. Deux attentats sont effectués pour faire sauter la barrière, mais sont repoussés. Les premières frappes aériennes grondent à 1heure et demi du matin, frappant les cibles à même les fils barbelés comme les fusées lumineuses larguées des avions éclairent toute la région. Avant la fin du siège d’une semaine, les avions ont volé 585 frappes et transforment la région autour du camp en une terre déserte tout comme les champs de bataille de la 1è Guerre Mondiale.

Tirant des trous creusés la nuit dernière, les Viet Cong répondent au tir de mitrailleuses venant des avions."Un Skyraider effectue trois plongées sur un nid de mitrailleuses et reçoit le feu en retour chaque fois," dit Moore. "La quatrième fois il n’y a plus de feu en retour." Moore admets franchement qu’il a peu d’espoir de survivre la première nuit. Quelques 1.000 Viet Cong sont en train de forcer l’attaque et des cadavres s’empilent le long des fils barbelés. Les avions rapportent que les collines d’alentour sont remplies de troupes ennemies. "Nos hommes tirent jusqu’à ce que leurs canons s’échauffent à blanc sur leurs mitrailleuses et les balles trébuchent en sortant des canons. Quelques-unes unes des mitrailleuses s’échauffent tellement qu’elles commencent des’écrouler en tirant."

Par chance les américains échappent les blessures la première nuit, mais tôt après le levée du solei, un hélicoptère s’écrase à 500 yards hors du camp. Comme l’assaut VC est venu du côté opposé, Moore décide d’amener une petie patrouille avec lui et tenter de secourir l’équipage de l’hélicoptère. Avec lui sont Sgt. Daniel Shea et SFC Joseph Bailey, plus 10 soldats Montagnards. Shea s’en souvient, "Nous sortions çà va de la grille et tournions à droite vers la piste d’aviation. Juste avant que nous commencions à la traverser, ils ouvrent le feu avec des mitrailleuses des bunkers camouflés directement en face de nous." Bailey a été tué et Shea a été touché au bras avant que la patrouille puisse rebrousser dans le camp. "Nous pensons que les VC quitteraient pendant le jour, mais ils ne l’ont pas – La lutte continue forte tout l’après-midi," ajoute Moore.

Les premiers renforts arrivent quand 12 américains et 250 Rangers vietnamiens sont largués sur le camp et se joignent rapidement dans la bataille. En plus, une patrouille de 85 hommmes sortie pour une mission de six jours à travers le territoire VC apprend de l’assaut et se bat pour rentrer au camp malgré l’ordre de tenir à distance. La colonne de secours blindée venant de Pleiku – 25 miles au nord – est touchée par le feu VC des positions fixes le long de la route, mais au lieu d’avancer comme attendue, la colonne fait demi-tour et se retire dans la direction d’où elle venait jusqu’à ce que l’attaque s’arrête. A ce moment, elle avance de nouveau.

Le troisième matin après l’attaque, une force combinée de 250 hommes sort du camp pour s’engager avec les VC sur leur territoire même. Un capitaine américain est tué et un autre est blessé, mais la patrouille compte quelques 35 ennemis tués. Le matin suivant une autre patrouille commandée par des conseillers des Forces Spéciales sort du camp."Notre entraînement est de faire l’inattendu, alors au lieu de rester derrière les barricades, nous sortons," explique Moore. En ce moment Moore et ses hommes ont passé quatre jours sans dormir."Un homme s’endort tandis qu’il tire le mortier. Je vais à lui et le trouve s’appuyer contre le canon."

La chance l’abandonne pendant le quatrième jour."Je suis en train d’écouter le Président Johnson à la radio quand je suis touché par un éclat d’obus. Ils me donnent une piqûre de morphine et c’est tout pour moi."Heureusement pour tout le monde, deux infirmiers attachés au camp, SSgt. J. A. Giezentanner et SP4 N. R. Walsh, qui sont en vacances au moment de l’attaque, reviennent au camp sur un hélicoptère en mission d’évacuation des blessés."J’étais à Da Nang et rencontre un ami qui me dit qu’il a appris que j’étais tué," dit Giezentanner. "Ce fut la première fois que j’appris de l’attaque."

Aujourd’hui la région Plei Me redevient calme. Moore et Shea se sont récupérés de leurs blessures et continuent à garder l’avant-poste avec Giezentanner et Walsh. Autour du camp, les cicatrices disparaissent rapidement sous les brousailles. Un cadavre occasionnel peut être découvert avec la crâne fixant l’œil au soleil, et les champs sont jonchés avec des obus d’artillerie et de mortiers non explosés. Des ferrailles provenant des bombes napalm sont encore suspendues sur les fils barbelés. Où le village montagnard se tenait autrefois à l’entrée du camp, maintenant seulement des cendres noires y restent. Les familles ont tout déménagé à l’intérieur et vivent dans les bunkers le long de la ligne de défense.

Le petit souvenir, un drapeau américain qui a été hissé par les hommes pendant la bataille, est parti. Il est entre les mains de l’épouse de Sgt. Bailey. Moore et Shea sentent que le camp sera attaqué de nouveau un de ces jours. Ils sentent que les Viet Cong ont besoin d’une victoire ici pour compenser la défaite humiliante qu’ils ont soufferte la première fois. Ni Moore et ses hommes sentent que leur position est trop forte pour ne pas être prise. "A aucun moment l’ennemi peut la saisir s’il est prêt de payer le prix," ajoute-t-il. Ceci était vrai à une autre forteresse poussiéreuse défendue par les américains – l’Alamo – mais Moore et ses hommes ont l’intention d’afficher le prix requis pour Plei Me trop cher.

Wallace Beene, Star & Stripes staff writer
Plei Me - Vietnam
Monday, December 27, 1965

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