Entretien Avec Richard Peters

Vingt-six ans après la perte de mon pays, j'ai eu le plaisir de m'entretenir avec Monsieur Richard Peters, l'ancien Consul Général américain de Bien Hoa à Virginia le 11 novembre 2001.

Quand est-ce que vous commencez à rencontrer le Général Hieu?

Quand je suis nommé Consul Général au Consulat Général à Bien Hoa au début de 1974.

Est-ce que vous rencontriez souvent le Général Hieu?

Bien souvent. Au moins une fois par semaine socialement. Le Général Hieu et moi, nous nous entendons bien parce que nous possédons les mêmes goûts intellectuels. Tel que la lecture des livres. Une fois je lui ai prêté The Best and the Brightest par David Halberstam, publié en 1972. Après l'avoir lu, il était tout déprimé à cause des points de vue pessimistes présentés par l'auteur concernant ses prédictions des résultats de la guerre du Vietnam.

Je n'avais pas ma famille avec moi en ce temps-là, et la famille du Général Hieu demeurait à Saïgon. Je l'invite souvent à dîner, parce que j'avais une cuisinière Vietnamienne qui aimait à nous servir des plats délicieux. Nous jouons au jeu d'échecs. Il m'enseigne à jouer aux échecs chinois. Parfois nous jouons les deux modes d'échecs l'une après l'autre. Il gagne toujours! Il m'a amené une fois au champ de tirs pour tirer au fusil et au pistolet. Il fait toujours mouche.

Est-ce que le Général Hieu vous a demandé de prendre soin de sa famille au cas quelque chose lui arrive?

Non, pas du tout.

Saviez-vous quelque chose sur sa mort?

Le premier rapport que j'ai reçu sur sa mort parlait de suicide. Les autres théories survenaient par la suite. A cause du besoin urgent de s'occuper des multiples problèmes causés par l'avancée rapide de l'Armée du Nord, je n'ai pas eu le temps de mener une enquête sur la mort du Général Hieu en personne.

Y avait-il aucune prémonition de la mort du Général Hieu?

Je n'ai pas aperçu aucune prémonition. Je n'ai pas senti aucune animosité entre le Général Toan et le Général Hieu. S'il y avait certains désaccords entre les deux, j'ai l'impression que le Général Hieu, tout discipliné qu'il était, se serait conformé à la commande du Général Toan.

Est-ce que vous avez offert au Général Hieu quelques indications que les Etats Unis étaient sur le point de partir?

Jusqu'au moment de la mort du Général Hieu, aucune décision n'a été prise d'abandonner le Sud Vietnam. La délégation du Général Weyand envoyée par le Président Ford pour étudier sur place la situation du Sud Vietnam a quitté Vietnam le 4 avril 1975 et le Général Weyand n'a pas encore présenté ses recommandations au Président; ce qu'il a fait le 9 avril, je crois.

Les troupes américaines se sont retirées depuis 1971 et sont complètement parties environ 1973 et la vietnamisation de la guerre a été pleinement mise en place à cette époque avec l'ARVN épaulant tous les combats. Les avantages de l'ANV étaient qu'ils pouvaient attaquer soit à travers la Zone Démilitarisée pour entrer dans le 1er Corps, soit le Bas Laos dans le 2ème Corps, ou le Cambodge dans le 3ème Corps; ainsi, ils avaient l'élément de surprise. L'ARVN pouvait faire face à cette condition militaire avec la mobilité en déplaçant rapidement les troupes au point d'attaque et avec la puissance de feux en utilisant l'artillerie lourde et les chars. Cependant, quand le Gouvernement des Etats-Unis coupe à peu près en moitié la ration de carburant et munition d'artillerie, l'ARVN a été sérieusement handicapée.

Est-ce que le Général Hieu a briefé le Général Weyand quand il était venu au 3ème Corps?

Je ne sais pas, comme je n'ai pas arrangé l'horaire du Général Weyand. Le Général Weyand a parlé avec quelques Vietnamiens à Long Binh avant de venir au 3ème Corps et je lui ai parlé personnellement.

Est-ce que le Général Hieu a discuté avec vous ses plans militaires sur la défense de Saïgon?

Non. Officiellement, je rencontre avec le Général Toan presque quotidienement pour discuter les problèmes militaires dans le 3ème Corps. Mes rencontres en dehors des heures de travail avec le Général Hieu étaient sur le plan social. J'essayais de ne pas soulever les sujets militaires avec lui pendant ces occasions sociales. Le Général Hieu mentionne de temps en temps des acquisitions ou pertes territoriales causées par les unités militaires. Mais c'était tout.

Le Général Hieu est décédé le 8 avril 1975. La bataille de Xuan Loc éclate le 9 avril. Est-ce que le Général Hieu vous a révélé son plan pour cette bataille?

L'ARVN a monté une lutte formidable à cette bataille et a pu arrêter l'avancée de l'ANV à ce front. Le Général Le Minh Dao de la 18ème Division m'a frappé comme ressemblant le Général Hieu, compétent et incorruptible, mais pas aussi intellectuel et aussi religieux que le Général Hieu. Celui-ci était en effet un individu impressionnant... Mais, pour répondre à votre question, il n'a pas discuté avec moi ses plans militaires en général et cette bataille en particulier.

Je voudrais saisir cette occasion pour vous remercier, au nom de mon frère le Général Hieu, d'avoir aidé à l'évacuation de sa famille.

Propos recueillis par
Nguyen Van Tin
12 novembre 2001

generalhieu.com