Diplômé d'Harvard

Mr Charles Lahiguera, Vice Consul US de Bien-Hoa, une vieille connaissance de Hieu à l'époque où celui-ci occupait le poste de Cdt en second du 3ème CA (1973-1975) a évoqué dans une conversation téléphonique de l'appartenance de ce dernier à l'université d'Harvard. Son affirmation m'a étonné parce que ce fait m'est tout à fait étranger. Cette ignorance provenait-elle de notre éloignement respectif ou de la discrétion de mon frère? Maintes de choses lui concernant m'ont échappé durant des années avant que je ne l'apprenne grâce aux divers documents. Pendant son stage à US Army Command and General Staff College, le Cdt Hieu aurait-il profité de l'occasion (son séjour) pour fréquenter cette fameuse université (comme l'avait fait avant lui le Col. Nguyen Xuan Vinh, obtenant sa licence de mathématique à la faculté de Marseille pendant son stage de pilote d'avion) ? Les proches de Hieu ne savaient rien non plus. Quant au Consul Général Mr Richard Peters, qui le recevait fréquemment dès le début de 1975, confirme que ce dernier ne lui a pas soufflé mot à ce sujet.

Mais qu'importe si oui ou non Hieu a suivi les cours à Harvard. L'essentiel c'est qu'à travers les contacts qu'ont eu les hauts responsables Américains auprès de lui, tous, sans exception, ont reconnu qu'il possédait toutes les qualités requises d'un Harvardien.

Hieu était également tout à fait a l'aise dans les loisirs en compagnie de Richard Peters: aux jeux d'échecs, à la séance de cinéma, aux échanges de livres et revues, à la discussion de l'actualité … etc.

Quand le Général Hieu devint Spécial Assistant en charge de l’Anti-corruption; les autorités américaines prisent conscience de lui après son apparition à la télévision pour dénoncer les abus du Fond de la Pension Militaire. L’Ambassade américaine envoie régulièrement un représentant pour avoir un entretien personnel avec le Général Hieu; et puis l’Ambassadeur Bunker ou Whitehouse envoie un télégramme au State Department pour rapporter la conversation. Quelques uns de ces télégrammes sont gardés à Ford Library, tels que ceux dépêchés le 15/07/72, 17/08/72, 14/09/72, 20/09/72, 05/03/73. Dans ces télégrammes, bien souvent le rapporteur cite verbatim les propos du Général Hieu: General Hieu told, Hieu said, Hieu stated, according to General Hieu, Hieu commented, MG Nguyen Van Hieu informed, Hieu gave the following summary .... Le Général Hieu semble tout à fait à l’aise en exprimant ses pensées dans différents sujets spécialisés: loi, justice, politique, comptabilité, banque, commerce, philosophie, etc ...

Le Général Creighton Abrams fut très impressionné par la qualité du briefing du Général Hieu:

L'autre jour je suis sorti, et ai obtenu un très bon briefing par le Général Hieu, 5è Division ARVN. C'est la première fois que je suis allé voir la 5è depuis qu'il est commandant de la division. Et je dois dire que - ceci n'a rien à voir avec comment la division se conduit, mais la qualité du briefing a été très élevé, y compris une discussion très franche et, je crois, honnête des forces du personnel, les désertions, désertions par régiment, et tous ces choses là, y compris le fait que les désertions sont en hausse, ce qui - ce n'est pas bon signe, bien sûr, mais je dois dire qu'il y a un changement en cours pour améliorer les choses de cette sorte là. (Vietnam Chronicles - The Abrams Tapes 1968-1972, Lewis Sorley)

Les Généraux McAuliffe et Milloy, le commandant et son second de la 1ère DI Américaine ont été stupéfiés face à l'éloquence et l'étendu du savoir de Hieu vis-à-vis de la situation militaire et aussi de la conception appropriée d'une manoeuvre conjointe à l'occasion de la campagne Dong-Tien impliquant la 5ème DI (VN) et la 1ère DI (US), et ce malgré sa prise de fonction de fraîche date en 8/1969.

Le Lt-col Roy Couch, après sa première visite au QG de la 5ème DI avant de prendre son service comme Conseiller-Adjoint, a écrit à sa femme évoquant d'un Général Vietnamien parlant un Anglais impeccable.

Le Lt-col Robert Lott, successeur du Col. Roy Couch mort dans un crash d'hélicoptère, signale à propos de Hieu que durant ses inspections des avants postes par voie terrestre, celui-ci aimait à parler des grands sujets, à savoir l'histoire de la région, les événements politiques des USA ayant des rapports avec la guerre du VN, l'entraînement, l'élaboration d'un planning en vue d'optimiser le moral des jeunes recrus, et les orientations stratégiques en perspectives du Sud Viet-Nam.

Le Cdt Edgar C. Doleman, du 3ème bureau/5ème DI, se souvient encore de la maîtrise parfaite de l'Anglais du Général Hieu; celui-ci aimait à plaisanter à chaque fois où l'hélicoptère chancelle sous les feux de l'ennemi afin d'atténuer la tension et la peur de ses compagnons de vol.

Un reporter d'UPI habitué aux conférences de presse du 3ème CA reconnaît que Hieu s'exprime beaucoup mieux que ses compatriotes. Le Gén. Nguyen Cao Ky raconte dans Buddha’s Child qu'en 1965 quand les "jeunes Turc" Khanh,Thieu, Thi et Ky furent rappeler à l'ordre par l'Ambassadeur Maxwell Taylor suite à leur querelle intestine provoquant ainsi une grave crise politique, que devant Taylor, aucun n'a osé lui répliqué car n'étant habitué qu'au français, personne ne se risquait à utiliser à l'époque la langue de Shakespeare; et par conséquent, ses compères l'ont poussé à parler en leurs noms; non parce qu'il fut bon en Anglais, mais plutôt parce qu'il était une "grande gueule" et capable de s'exprimer sans se soucier de son Anglais "approximatif".

Le Gén. Lu Lan, dans un chapitre du What is Beautiful, un livre-témoignages des réfugiés récemment installés aux USA, à la page 116 : "je me souviens qu'en 1955, étant officier opérationnel de la 1ère DI, rencontrant pour la première fois mon conseiller US, nous nous parlions avec des signes de la main."

Presque à la même époque, le Cdt Hieu, Chef adjoint du 1er CA s'exprime déjà son excellent Anglais, à tel point que le Cdt Wagner, s'est laissé échapper à l'un de ses collègues: "mais, c'est un crack, celui-là!".

Son Anglais sans défaut a pour l'origine "Tien-Tsin" sa ville natale et Shanghai où Hieu faisait ses études dans des lycées et universités internationales fréquentant ainsi la jeunesse étrangère, à savoir les Français, Anglais, Américains etc. A vrai dire, Hieu exerce mieux le Français et l'Anglais que sa langue maternelle. Son condisciple Lu Lan le revoit encore à leur première rencontre dans l'aérodrome Cam Ly; l'un venant de Hanoi, l'autre de Hue pour intégrer l'Académie militaire de Da Lat vers la fin de l'année 1950; Hieu pratiquait à l'époque le Vietnamien avec un accent très prononcé.

En 1953, le Cpt Hieu est affecté à l'EMG. A cette date, les chefs de bureaux étaient tous français, et évidemment, les conversations et les formalités administratives furent pratiquées et rédigées dans la langue de Molière. Et très probablement, Hieu était le seul qui fut capable de pratiquer un Anglais correct. On ne sait pas si cette particularité a été utilisée en 1956 auprès de la délégation T.R.I.M (le groupement de liaison et d'entraînement) dirigée par le Gén. J.W. O'Daniel venant discuter à l'EMG au sujet de la réorganisation de l'Armée Sud-vietnamienne. D'emblée, ils se sont heurtés à deux thèses opposées; d'un côté, les Vietnamiens souhaitaient la création des unités légères, plus maniables et plus adaptables à la guerre anti-guérilla; de l'autre, les Américains préféraient passer à l'échelon divisionnaire, sous prétexte que leurs conseillers perdront de leurs efficacités en servant dans des structures différentes des leurs. Il n'est pas exclu que pour ne pas perdre la face, les Vietnamiens ont d'abord prié leurs invités de s'exprimer en Français, ensuite a placé Hieu parmi l'assemblé afin de déceler les écarts de langage, si ces derniers se croyaient à l'abri en causant à loisir dans une langue inconnue des natifs du pays.

Au début de 1963, Hieu a été désigné comme stagiaire à US Army Command and General Staff College. Voici les appréciations consignées dans son livret: Le Cdt Hieu écrit et parle l'Anglais à la perfection.

En dehors de l'Anglais et le Français, Hieu pratique également l'Allemand, le Chinois1 (Mandarin, Shanghaien, Cantonais2). En plus, le Lt-col. John Hayes, Conseiller divisionnaire n'en revenait pas encore de sa découverte en entendant Hieu questionner un captif Rhadé dans le dialecte de ce dernier lors de l'opération transfrontalière Khmero-vietnamienne.

Hieu a indéniablement hérité le don linguistique de son père. Mr. Huong est polyglotte: Français, Anglais, Chinois (Mandarin, Shanghaien3, Cantonais), Japonais4, Espagnol et Russe5.


1Durant l’investigation d'anti-corruption du Col. Tran Trong Nghia, les gros bonnets Chinois ont été interloqués face à Hieu en personne, les questionnant dans leur langue maternelle.
2A Shanghai, j'avais entendu à l'improviste mon frère causer en Cantonais avec l'une de ses amies.
3Ma nourrisse ne parlait que le Shanghaien.
4Celle de ma petite sœur était Japonaise.
5En cette année, mon père a ses 102 ans, un peu dur d'oreille, il continue néanmoins ses relations épistolaires avec une infirmière Russe.

Nguyen Van Tin
12 janvier 2005

Traduit par Thach Ngoc Long
Mis à jour le 06.08.2005

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