Colonel Bui Dzinh, Major de la 3ème promotion Tran Hung Dao
de l'Académie Militaire Nationale de la République du Vietnam.

Jeune Lieutenant alors qu'il venait de sortir de l'Académie Militaire, il a servi dans sa première unité : le 21ème Bataillon Mobile, il a combattu courageusement malgré des blessures lors des opérations militaires. Le major de la 3ème promotion dans sa combativité se révélait être un modèle pour ses frères d'armes de sa classe et sa carrière progressait. En 1958, il fût promu commandant en chef de la 15ème Division d'Infanterie Légère basée à Duc My en remplacement du Lieutenant Colonel Nguyen Van Vinh. Déplacée ensuite à Ban Mé Thuot, cette division a été transformée en 23ème Division d'Infanterie en remplacement d'une structure de division conventionnelle. Par conséquent, le cadet de la 3ème promotion, Bui Dzinh devint le premier commandant en chef de la 23ème Division d'Infanterie (1958) et de la nouvelle 9ème Division d'Infanterie (1962). Il était commandant adjoint de la 21ème Division (1960) dirigée par le Colonel Tran Thien Khiem, il était aussi commandant adjoint à la 5ème Division l'année suivante (1961) sous le commandement du Colonel Nguyen Duc Thang peu avant d'être promu Colonel, avec la mission de créer une nouvelle unité pour l'Armée : la 9ème Division d'Infanterie en 1962 à Qui Nhon. A cette époque, il n'y avait pas de commandant adjoint pour cette division mais Bui a été épaulé par ses frères d'armes de la même promotion: le Lieutenant Colonel Ton That Dong, l'Officier d'Etat-Major (promu Colonel plus tard, Préfet de la province de Vinh Binh puis Député à l'Assemblée Nationale de la 2ème République). D'autre part, il y avait 2 commandants de Régiments : le Major Chuong Dzenh Quay (plus tard Général de Brigade, Commandant en chef de la 25ème Division d'Infanterie) et le Major Nguyen Ca (plus tard Colonel, Secrétaire Général du Bureau du Président Nguyen Van Thieu).

La carrière militaire de M. Bui Dzinh a pris fin au milieu de novembre 1963 car il s'était opposé aux Généraux qui ont participé au coup d'Etat en vue de renverser le Président Ngo Dinh Diem. Il a pris des congés sans solde depuis ce coup d'état jusqu'à quelques années plus tard. Il a passé l'examen médical au Centre d'Expertise Médicale de l'Armée et reçu un ordre de démobilisation, exempté du service militaire avec un taux de handicap de 100% pour cause de blessures de guerre. Il reste encore d'aujourd'hui des éclats d'obus de mortier dans sa boîte crânienne depuis les campagnes militaires en 1954-1955. Le 19 février 1965, il a participé au coup d'Etat avec MM. Lam Van Phat, Huynh Van Ton, Nhan Minh Trang, Pham Ngoc Thao, Le Hoang Thao, etc… dans le but de renverser le Général Nguyen Khanh, Chef d'Etat, afin de stabiliser la situation politique et militaire au Sud du Vietnam qui étaient dans le chaos à cette époque perturbée (1964-1967). Du fait du manque d'appui du côté américain, ce coup d'état est tombé à l'eau. Il a été arrêté quelques mois plus tard et emprisonné à la maison d'arrêt Chi Hoa jusqu'au 1er avril 1967. Il a été remis en liberté le jour où le Président Nguyen Van Thieu promulguait la constitution de la 2ème République.

Le 30 avril 1975 ce fût la chute de Saigon, n'ayant pas de moyens pour quitter le Vietnam, il est resté avec sa famille au pays, qui est tombé depuis aux mains des communistes. Malgré son handicap physique et démobilisé depuis longtemps, il fût contraint à passer ses jours aux camps de ré-éducation au Nord du Vietnam avec les officiers de haut rang de la République du Vietnam (aux camps de Hoang Lien Son, Yen Bai aux Ha Nam Ninh).

Il a été relâché en 1980 suite à un accident de travail au camp de ré-éducation: un arbre abattu est tombé sur lui et il fût dans le coma plusieurs semaines. Soigné par ses co-détenus, avec leurs pauvres moyens, il a survécu mais a perdu de la vue de l'œil droit (certains détenus au camp croyaient qu'il était mort). Rentré à son domicile après 5 ans de détention dans les camps sa vie ne fut pas vraiment tranquille : il reçut l'ordre du nouveau gouvernement communiste de reconstruire sa nouvelle vie dans une "nouvelle zone économique". Il décida quelques mois plus tard, de s'évader par voie maritime comme "boat people". Arrivé en Thaïlande en novembre 1980, il est resté au camp de réfugiés de Songkhla avant être accepté par la délégation française de l'Ambassade de France à Bangkok et de refaire sa vie en France depuis 1981.

Je résume ici tout ce que je connais sur la vie de M. Bui Dzinh. Il ne raconte pas sa vie aux gens, il haït cette guerre et toutes les guerres et se sent apatride. Il raconte rarement à ses enfants et petits enfants sa carrière militaire, ses années de guerre. Il semble qu'il essaye d'oublier sa jeunesse mouvementée pour trouver une vie paisible de 78 ans jusqu'à son repos éternel. Il n'écrit pas sa bibliographie, ni ses mémoires militaires comme certains généraux expatriés l'ont fait (serait ce pour se consoler et accuser autrui?) en écrivant des livres pour se justifier de leurs erreurs commises avant la chute de Saigon en 1975.

Ceci n'est qu'un petit document, résumé en bref de la carrière du Cadet Bui Dzinh, que je vous transmets.

Bui Dzung.
le 10 mai 2006

generalhieu.com