Quelques Témoignages Supplémentaires

Pendant le mois d’août 2004, j’ai réussi à contacter trois témoins pour enquérir des details concernant la mort du Général Hieu. Le Doctor Luong Khanh Chi, médecin du 3è Corps d’Armée, le Colonel Le Trong Dam, Commander de la Force de Police du 2è Corps d’Armée, et le Lieutenant Colonel Ly Ngoc Duon, médecin, Chef de Cabinet du Commandant du 3è Corps d’Armée.

Docteur Luong Khanh Chi

Quelle malchance lorsque j’arrive à contacter le Docteur Chi, le médecin qui a examiné le corps du Général Hieu et qui a officiellement prononcé sa mort, sa famille me fait savoir qu’il a souffert une attaque cérébrale qui s’était parvenue quelques années auparavant et qui a affecté sa mémoire. C’est pourquoi quand je me suis introduit moi-même au téléphone comme étant le frère du Général Hieu, il apparaît confus et demande: “Qui est-ce le Général Hieu?” Par conséquent je n’ai pas pu obtenir aucune information de lui regardant la mort du Général Hieu. Néanmoins, un membre de sa famille me dit que avant sa néfaste condition médicale, lorsqu’on le demandait, il a répondu qu’il avait soumis un rapport médico-légal à l’Etat Major Général dans lequel, en basant sur la trajectoire de la balle, il a conclu que la mort a été pour cause un accident provenant d’une inadvertance.

Colonel Le Trong Dam

Lorsque je me fus rendu compte soudainement de la présence insolite du Colonel Le Trong Dam en compagnie du Général Toan dans l’évacuation héliportée le 29/04/1975 – pas comme les autres passagers qui étaient tous du 3è Corps d’Armée, il appartenait au 2è Corps d’Armée – je cherchais à le contacter pour lui demander ce qu’il savait à propos de la mort du Général Hieu.

Il me dit que le jour où le Général Hieu était mort il était présent au quartier général du 3è Corps d’Armée et avait retourné à Saïgon le même matin. Ce soir-là, le Lieutenant Colonel Duong, médecin, lui a téléphoné pour apporter la nouvelle de la mort du Général Hieu. Lorsque je luis fais savoir que le Colonel Khuyen a situé la mort du Général Hieu à midi, il affirme catégoriquement que ce dernier a tort car il demeurait au quartier général du 3è Corps d’Armée à 2 heures de l’après-midi.

La conversation téléphonique a duré bien longtemps, environ 45 minutes; cependant il parle bien brièvement au sujet du Général Hieu comme indiqué ci-dessus. Il raconte aussi qu’il a connu le Général Hieu depuis les jours où il était encore un capitaine travaillant sous le Général Nguyen Van Manh qui était commandant à l’époque en tant que Chef du 3è Burau à l’Etat Major Général situé à Cho Quan, et lui est le beau frère du Général Manh. Il fait également savoir que le jour où il s’échappait de Nha Trang, il a rendu visite au Général Toan au quartier général du 3è Corps d’Armée, et le Général Hieu l’a embrassé et a exclamé: “Suis bien content que tu a pu sortir sain et sauf.” Il passe le reste du temps de notre conversation à parler de ce qu’il connaît à propos du Général Toan et de la relation bien intime qu’il avait avec lui depuis la jeunesse.

Avec l’intention spécifique de tester sa sincérité, je lui demande comment il avait évacué hors du pays. La première fois, il dit qu’il était descendu à Ha Tien; lorsque j’exprime ma surprise en mettant en doute sa réponse, il se hâte de corriger en disant que ce fut plutôt sa famille qui avait pris ce port de sortie et non lui. La seconde fois, je lui dis que j’ai évacué en entrant dans l’aéroport Tan San Nhut et a été transporté par un hélicoptère des US Marines Corps à l’US 7th Fleet et m’enquiert si il était aussi sorti de la même façon, il marmotte, “oui, c’est comme çà ”. La troisième fois, lorsque je lui dis qu’il semble que le Général Toan s’était enfui par hélicoptère en s’envolant à l’US 7th Fleet, il répond en disant qu’il a lu un article écrit par le Général Khoi dans lequel il a faussement affirmé que le Général Toan a renvoyé son hélicoptère sans mentionner le fait que lui-même était à bord de ce vol.

Lieutenant Colonel Ly Ngoc Duong, M.D.

Ci-dessous est le contenu du coup de téléphone que j’ai fait au Docteur Ly Ngoc Duong, ancien médecin lieutenant colonel et chef de cabinet du Général Nguyen Van Toan, Commandant du 3è Corps d’Armée, le 31/8/2004.

Je me rappelle encore bien clairement les événements qui s’étaient parvenus le jour de la mort du Général Hieu. Ce fût un jour bien mouvementé car ce matin-là le palais présidentiel a été bombardé et j’étais occupé avec la rédaction d’une annonce que le Général Toan lirait à la radio pour réassurer le public.

Au même moment, une réunion se déroulait dans le bureau du Chef d’Etat Major, adjacent au mien, avec la Force Populaire à l’agenda – j’étais au courant de cette réunion pour l’avoir lu dans un communiqué du jour – avec la participation du Général Hieu, Général Dao Duy An (Commandant Adjoint en charge du Territoire), du Colonel Nguyen Khuyen (Chef de Sécurité Militaire du 3è Corps d’Armée, et d’un Colonel, Commandant de la Force Militaire du 3è Corps d’Armée, dont je ne me souviens pas le nom.

Environ 6 heures et demi du soir, le Général Toan entra dans mon bureau pour me faire savoir qu’il s’en allait et retournait à sa résidence située à Bien Hoa. Je ramassai mes papiers afin de finir la rédaction du document ci-dessus mentionné et monta dans sa voiture pour retourner avec lui à sa résidence; le Capitaine Do Duc, son attaché, était dans la voiture avec nous.

À ma sortie du bureau, je vis le Général Dao Duy An retourner en hâte à sa maison dans sa jeep qui démarrait en trompe. J’entendis le Général Hieu inviter le Général Le Trung Tuong aller déjeuner ensemble, auquel ce dernier répondit: “Attends moi prendre d’abord un coup de bain.” Je suppose que les deux généraux étaient de la même promotion pour qu’il le tutoyât ainsi. Il y avait une salle de bain installée dans le bureau du Chef d’Etat Majore. Le Général Hieu retourna attendre dans son bureau.

A la résidence du Général Toan, tandis que je faisais le montage des équipements d’enregistrement dans la salle à côté de la chambre à coucher du Général Toan, le téléphone sonna. Je soulevai l’appareil, de l’autre côté du fil, le Général Tuong dit: “Hieu est mort.” Je répondis: “Que dites-vous? Veuillez répéter.” “Le Général Hieu est mort.” Je courus dans la chambre du Général Toan pour lui donner la nouvelle. Ce derner n’avait pas encore finir de se déchausser.

Nous nous hâtions de rebrousser au quartier général. Le Capitaine nous tenait compagnie dans la voiture.

En entrant dans le bureau du Général Hieu, je conseillai au Général To an de ne rien toucher afin de ne pas laisser aucune empreinte. Je vis le Général Hieu assis dans sa chaise, la tête s’effondrée sur le bureau, son bras gauche reposant sur le bureau, son bras droit pendant, et un pistolet gisant à côté de sa main sur le sol. Je remarquai une balle allant du cou …hum …hum …hum…non, ce n’était pas comme çà, laissez-moi dire de nouveau, du côté droit de la mâchoire à la tempe gauche. Le Général Toan ne s’était pas approché; il se tenait à la porte, la main appuyant contre l’encadrement de la porte; et je le voyais pleurer. Ce fut la deuxième fois que je le voyais pleurer; la première fois, alors que nous étions dans le 2è Corps d’Armée, et la troisième fois, sur le ponton du porte-avion Midway le 29/4/1975.

Le médecin du 3è Corps d’Armée fut appelé pour examiner le Général Hieu et le prononça officiellement mort.

Une équipe de la Police Médico-légale vint pour investiguer, découvrit la balle au plafond qui correspondait avec le pistolet gisant à côté du corps du Général Hieu. Et un Commandant de la Police Médico-légale usant la méthode de la poudre noire attesta que la main droite du Général Hieu contenait un résidu de la poudre à canon et de la fumée pouvait être sentie au bout du pistolet. C’étaient les preuves que la mort avait pour cause une blessure accidentelle provenant de l’action de la victime même.

Quelqu’un stipulait que le Général Hieu a commis le suicide lorsque la situation militaire devint désespérée sur le champ de bataille. Je ne le pensais pas ainsi car le Général Hieu était un catholique dévoué et également un général capable. Il pourrait se mesurer contre n’importe quel défi sur le champ de bataille. S’il y avait davantage de généraux aussi compétent que lui, peut être que nous n’aurions pas s’enfuir jusqu’ici.

Je suppose que vous êtes bien conscient que le Général Hieu aimait bricoler avec les pistolets. Le jour fatidique, l’Unité de la Génie retournait un pistolet que le Général Hieu avait demandé de réparer le mécanisme de détente défectueux. Un jour, le Général Hieu m’a conduit dans sa caravane pour me montrer sa collection de différents types de pistolets.

J’admire énormément le Général Hieu. Il était très compétent, sans doute le plus compétent parmi les généraux de l’ARVN, et pourtant bien humble. Le jour où je fus nommé Chef de Cabinet du Général Toan, il vint dans mon bureau. Je ne m’assis pas derrière mon bureau pour le recevoir. Nous asseyions sur les sofas au coin réservé aux invités et il ne me traitait pas comme un subalterne de grade inférieur mais comme amis. Il parlait de sa carrière militaire, son don de langues, ses visites officielles à l’étranger… Il émanait un air de confiance gracieuse qui était ferme mais pas du tout hautain. Tout le monde remarquait sa modestie. La standardiste au centre téléphonique du quartier général du 3è Corps d’Armée louait que le Général Hieu demeurait toujours douce; il n’élevait jamais sa voix sur la ligne téléphonique comme la plupart de autres officiers haut gradés quand les lignes téléphoniques n’étaient pas claires, ce qui était la norme générale sur les lignes téléphoniques militaires.

A cause de mes sentiments attachés envers le Général Hieu, quand vous ravivez les jours d’antan, je me souviens clairement et ne puis pas contenir mes émotions.

Notes

1. Au sujet du trajectoire de la balle, le Docteur Chi l’analysé à un parent du Général Hieu qui était venu voir le corps le jour suivant comme suit: ”la balle en entrant dans le menton a rencontré l'os de la mâchoire qui était trop dur pour qu'elle aille tout droit au sommet de la tête, et a dû virer vers le bas et est sortie à l'arrière du crâne, causant une mort instantané, sans aucune douleur”. Le Docteur Duong dit plutôt: “Je remarquai une balle allant du cou …hum …hum …hum…non, ce n’était pas comme çà, laissez-moi dire de nouveau, du côté droit de la mâchoire à la tempe gauche.” Lorsque je lui demande si la balle n’avait pas déchiré la tempe, il répond qu’il n’est pas certain (!). Quant à moi, lorsque je visitais le corps de mon frère, je vis de mes propres yeux que la balle entra son menton du côté gauche et sortit à l’arrière de sa tête, un peu du côté droit au sommet. Quand les descriptions provenant de deux médecins bien formés sont différentes, elles deviennent bien douteuses.

2.Deux choses principales devraient être soulevées dans le témoignage du Colonel Dam: (1) il n’était qu’un passant et pourtant il prétend que sa mémoire est plus aiguë que celle du Colonel Khuyen et affirme catégoriquement que le Général Hieu ne pouvait pas mourir à midi car il était encore présent au quartier général à 2 heures de l’après-midi; (2) Pour quelle raison non dite il n’a pas révélé qu’il avait évacué en compagnie du Général Toan par hélicoptère ?

3.Le Docteur Duong dit que le Général Tuong a demandé au Général Hieu de l’attendre afin qu’il pût prendre une douche lorsque ce dernier l’invitait à aller manger ensemble; mais le Général Tuong lui-même écrit qu’il a prié le Général Hieu de l’attendre afin qu’il pût finir la lecture des dossiers. Le Docteur dit qu’il retourna au quartier général du 3è Corps d’Armée avec le Général Toan et le Capitaine Do Duc était avec eux dans la voiture; mais le Capitaine Do Duc dit qu’il allait tout droit d’un restaurant au quartier général du 3è Corps d’Armée lorsque le chauffeur lui apporta la nouvelle de la mort du Général Hieu et du retour au quartier général du Général Toan.

4. J’ai eu l’honneur de rencontrer le Colonel Ton That Soan, Marine Corps Vietnamien à l’occasion d’un marriage à New Jersey le 02 octobre 2004. Il raconte que lorsque le Général Hieu fut tué, il était le Chef de Province de Hau Nghia. Le Lieutenant Colonel Pham Khac Dat, Commandant de la Police Force de Hau Nghia se rendait au quartier général du 3è Corps d’Armée pour apprendre davantage sur cette mort mystérieuse. A son retour, il montra au Colonel Soan une douzaine de photos prises à la scène du crime dans le bureau du Général Hieu. Un de ses collègues de la Police lui avaient remis ces photos. Le Colonel Soan se rappelle bien l’étonnement du Lieutenant Colonel Dat lorsqu’il fit la remarque suivante: "Le Général Hieu est un droitier, comment se fait-il que la blessure provenait de l’action d’un gaucher ?" Le Lieutenant Colonel Dat réside en ce moment à San Jose en California.

Nguyen Van Tin
14 septembre 2004
Mis à jour le 06.10.2004

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