Que Savais-Je au Sujet du Général Hieu
Guerre Psychologique

A la fin de mes études à l’école d’administration des affaires civiles aux États-Unis au mois de juin 1960, je me suis présenté au ministère de la défense. Ensuite, le bureau central de la guerre psychologique m’a désigné responsable du 5ème bureau de la 1ère DI sous la tutelle du Général Nguyen Duc Thang. Huit mois plus tard, ce fut le Colonel Nguyen Van Thieu qui prit la relève, et enfin arriva le Colonel Do Cao Tri. Commandant de la 1ère division.

Commandant de la 1ère division

Une fois en place, le Colonel Do Cao Tri propose au commandant Hieu, à l’époque chef du 3ème bureau de la 1ère région militaire (RM), de devenir son chef d’État Major à la place du Lt-Colonel Nguyen Ho. A peine arriver, ce dernier est confronté à l’affaire des oriflammes bouddhiques à l’occasion de l’anniversaire du bouddha (5/1963). Durant toute cette nuit-là, les adeptes sont réunis devant le siège de la station radiophonique de Hue, et la révolte commença, engendrant ainsi un climat tendu et une pagaille continuelle.

Au début, les autorités locales réagissent avec fermeté et réussirent à ramener le calme. Mais çà ne dura pas, car au fur et à mesure de l’intensité de la crise, ces dernières se font dépasser.

Le comité central décide alors de confier cette rude mission au patron de la 1ère DI, le responsable du 11ème secteur stratégique pour stabiliser la situation.

Nous considérons, pour notre part, que cette lutte est une épreuve psychologico-culturo-morale. Des deux camps, l’esclandre s’engage ouvertement afin de rallier, chacun de son côté, la population en sa faveur, moyennant des haut-parleurs ainsi que des manoeuvres de propagandes diverses.

Le Colonel Do Cao Tri convoque l’État-major, donne des directives et considère que le domaine psychologique est la figure de proue et qu’il doit bénéficier une coopération plus active de la part des 2, 3, 4ème bureaux ainsi que la sécurité militaire. Il assigne alors conjointement, moi et le Commandant Hieu la mission de le mener à bien.

Pour nous, cette bataille des mots est indispensable, d’abord pour contrer les arguments d’adverses et ensuite, pour démasquer les taupes VC, des vrais profiteurs de cette crise. Autres que les moyens existants, à savoir la compagnie de «guerre psychologique», la station de radio, l’agence de communication de Thua Thien, le bureau de vérification de presse, nous avons reçu en renfort le concours des agences habillés en civil noyant dans la masse des contestataires…et depuis lors, j’avais fait une plus ample connaissance du commandant Hieu.

La situation continue à se dégrader de jour en jour. Le groupe d’étudiants procommunistes opère à visage découvert sous la conduite du vénérable Tri Quang, de la pagode de Tu Dam. Selon nos renseignements, les taupes VC sont venues grossir leur rang en se faufilant parmi la foule, poussant celle-ci à aller encore plus loin dans la révolte, laquelle leur est tout à fait bénéfique. Souvent, le Commandant Hieu et moi, sommes obligés de passer des nuits blanches pour bien parer aux plus urgents, à cause de la mobilité du groupe subversif. Tantôt, il nous provoque dans un endroit pour aussitôt passer dans un autre. Il faut dire que Hue est le berceau du Bouddhisme, et de là son influence est grande et ses actions sont répercutées dans le pays entier.

Malgré la tension et les aléas, Hieu reste calme et imperturbable. Je l’ai suivi et rempli les tâches sans penser à me restaurer ou dormir. Tard dans la nuit, il reste souvent seul dans son bureau. Je lui suggère de lui projeter quelques films pour le distraire, il me répond gentiment: «Attendons que le boulot soit fini, d’autrepart, la projection peut nuire au sommeil de nos soldats campeurs».

Toujours poli, jamais un mot plus haut que l'autre, il n'a jamais eu de geste d'agacement vis-à-vis de qui que ce soit. Il déjeune toujours au mess, et le soir, juste une heure de pause chez lui pour ensuite revenir au cabinet de travail. A ses côtés, un lit de camp et un mini transistor pour être au courant des événements du jour.

Chaque matin, je lui soumets le compte-rendu ainsi qu’au patron de division, dans lequel se trouve la revue de presses nationales et internationales ayant des rapports avec le VietNam : Surtout les articles parlant de Hue. Il s’est montré prudent, parfois sceptique mais en même temps me rassure; il dit que tout finira par rentrer dans l’ordre, et que je n’ai pas à craindre puisqu’on ne fait qu’obéir aux ordres de nos supérieurs.

A un moment donné, il m’a suggéré d’aller sonder l’opinion du conseiller des affaires civiles US à propos de ce problème. Tout en riant, la réponse du Capitaine US fut mi-figue, mi-raisin: «c’est plutôt vous qui deviez être mon conseiller!». Ayant décelé le fond de sa pensée, je le rapporte au commandant Hieu et le patron divisionnaire, tous les deux ont éclaté de rire une fois au courant.

Le Colonel Tri, très souvent me recommande fermement de faire attention à propos des commentaires radiophoniques ainsi que les contenants des tracts diffusés à l’intention du public, et une concertation avec Hieu est fortement conseillée. J’avais une fois reçu la mission d’aller à la pagode de Tu Dam en tant que l’envoyé de l’autorité afin de régler la question de l’eau et de l’électricité coupées. Me jugeant trop inférieur en grade pour assurer seul cette responsabilité, j’avais demandé de n’être qu’accompagnateur d’un autre officier plus gradé que moi. Hieu me rassure: «le patron vous fait confiance. Vous pouvez aller sans crainte négocier avec les responsables de la pagode, mais faites attention, ne vous laissez pas prendre en otage, ce serait très compliqué; et n’oubliez pas de signaler votre présence à nos groupes opérationnelles dans ce secteur.»

Vaquant quotidiennement auprès des délégations de presses nationales étrangères, j’avais remarqué que le Commandant Hieu parle un anglais impeccable et en outre, j’avais appris qu’il pratiquait également le français, le mandarin, et l’allemand. Il était très diligent et jovial mais aussi très strict en discipline. Nous, les jeunes officiers de l‘époque l’idolâtrions et rêvions de lui ressembler: ses cheveux en brosse, son uniforme impeccable, et il était toujours disponible, sociable envers tout le monde. Il était également très simple à se nourrir et ne fumait pas. A croire qu’aucune passion ne l’attirent, ni aucun vice ne l’anime.

Nos efforts conjugués ont fini par faire reculer l’adversaire. La situation est devenue assez calme au courant du mois de 9/1963, et c’était le moment où le Colonel Tri obtint sa première étoile. Mais à peine deux mois plus tard le 1/11, une calamité survint: Le Président Ngo Dinh Diem et son frère furent assassinés, et le comité militaire prenait le contrôle du pays. Profitant de l’occasion, les Bouddhistes de Hue reprirent l’attaque de plus belle contre les figures de proue, «les oppresseurs de religion» issus de la 1ère DI. Et me revoici en première ligne, car entre-temps, j’avais assumé en plus la charge de directeur de la station de radio.

Un décret émanait du comité central a promis au Général Tri d’ajouter une étoile de plus sur ses épaulette; le Commandant Hieu a été également promu Lt-Colonel, le Capitaine Ton That Khiem, chef du 3ème bureau a été élevé au grade de commandant, et moi-même passait de Lieutenant à capitaine.

Durant l’absence du Général Tri partant pour Saigon participer à la réunion du comité central, au QG, le Lt-colonel Hieu enlève ses galons et les pose sur les cols du Capitaine Ton That Khiem, ce dernier répète le même geste en ma faveur. Tous trois, malgré cet événement heureux, n’avions pas pu nous réjouir comme il se doit, car une chape de plomb nous est tombée dessus, et plus que jamais, l’instant est grave car notre première république était en grand danger. Le Président Diem et son frère Nhu ont été sauvagement exécutés; en outre, sans surprise, les étudiants et les Bouddhistes reprennent la révolte et nous montrent du doigt; spécialement à mon encontre: le principal responsable de l’anti-résurrection religieuse, même sans effusion de sang. Je dois confronter en permanence aux dialogues de sourds puisque les arguments sont devenus de plus en plus opaques. Néanmoins, j’avais acquis, grâce à cette confrontation, des expériences mémorables.

Certes, le comité révolutionnaire a la maîtrise du pays, mais la situation reste confuse. C'est pourquoi, après avoir pris la relève du Gén. Le Van Nghiem en tant que patron de la 1ère Région Militaire (RM), le Gén. Do Cao Tri s’empresse de nommer le Lt-Colonel Hieu comme commandant intérimaire de la 1ère DI, en l’élevant à cette occasion au rang de Colonel. Et dans la foulée, le Commandant Khiem devient Lt-Colonel chargé de l’EM divisionnaire. Ces avancements ont lieu à environ trois semaines après le coup d’état.

Chef d’EM du 2ème Corps d’armée

A peine arriver, le nouveau commandant divisionnaire est sur le point de consacrer toute son énergie à la réorganisation de sa nouvelle unité, quand la permutation entre le Général Nguyen Khanh et Do Cao Tri le prit de court. Tri reçoit désormais la responsabilité de la 2ème RM, et il amène à cette occasion Hieu en lui confiant la charge de chef d’état major. Le Colonel Tran Thanh Phong prend alors la place laissée vacante par ce dernier.

Le Général Khanh, le nouveau dirigeant de la 1ère RM me convoque. Il ne me reçoit pas dans la résidence officielle mais m’attend dans le jardin sur la berge du fleuve des parfums. Je le salue militairement en déclinant mon grade et mon nom. Il me prend par la main et ensuite, presque bras dessous, bras dessus, nous marchons sur la rive du fleuve en nous discutant. Khanh me rassure en me disant qu’il a besoin de mes services. Le reste, quelques banalités concernant mes occupations en cours et la situation actuelle de Hue etc…

Sur la route de retour, un sentiment ambigu me poursuit, car en dépit de ces belles paroles, mon petit doigt me dit qu’il y aurait un événement en ma défaveur. Je n’ignore d’ailleurs pas qu’en ce moment même, les étudiants et les Bouddhistes extrémistes sont déterminés à obtenir ma peau. Enfin, je ne rejoigne ma chambre de Dap Da qu’après avoir passé à la station de radio pour une dernière mise au point des programmes en cours.

Par la suite, je me suis endormi sans m’en rendre compte. Il est 23 heures, quelqu'un frappe à la porte, un officier se présente et m’annonce mon licenciement du poste de directeur de station radiophonique. Une décision prise par le Général Khanh lui-même. Je suis donc renvoyé au ministère de la défense. Cette nouvelle a été proclamée sur les ondes depuis une demi-heure. Je plaisante alors avec le messager: «tiens, je viens de le quitter à l’instant, et il n’a pas soufflé mot à ce sujet. A croire que je l’ai impressionné d’où ce verdict à la sauvette.»

J’attends avec hâte l’aube pour aller rapporter de ce qui s’était passé à mes chefs Hieu et Tri. Me prenant de vitesse, et à ma grande surprise, le Colonel Tran Thanh Phong me mande d’aller le voir: « Allez vite faire la passation de service à votre adjoint et ensuite filez en vitesse à Da Nang voir le Colonel Ngo Dzu.» Son ordre est exécuté sur le champ. Malgré la tristesse et l’insistance de mes collaborateurs, je n’ai même pas eu le temps de leur accorder le pot d’adieu, car "la situation est explosive et imprévisible", dis-je en guise d’excuse.

J’arrive donc au QG/1ère RM à 14:30. Le Colonel Ngo Dzu me reçoit avec satisfaction: «le Général Tri et le Colonel Hieu vous attendent dès à présent. Vous restez en transit ici en attendant un moyen de transport approprié. Ne vous éloignez pas d’ici sans prévenir la permanence du QG. » Et c'est à ce moment-là seulement que je me sens soulagé, et je m'imagine déjà auprès de mes sauveurs. Je suis resté une nuit à Da Nang, et dès le lendemain, une voiture appartenant au Colonel Dzu m’amène à l’aéroport, direction Pleiku moyennant d’un Cessna, piloté par un Capitaine américain.

Sur place, je prends en main le service de guerre psychologique de la 2ème RM en remplaçant le Commandant Ho Hong Nam. Pendant les premiers pour, j’entends des rumeurs à propos de Hieu, une anecdote assez cocasse lui est attribué: à sa prise de fonction, le personnel du QG, tout ensemble ont cotisé pour lui offrir un complet de treillis flambant neuf, sur lequel son grade et son nom ont été cousus. Mais ce cadeau fut refusé par l’intéressé. Celui-ci leur a remercié en disant que si un jour, il en éprouvait le besoin, il leur demanderait. Tout le monde, y compris les unités d’alentours sont au courant de ce fait rarissime. Hieu était ainsi, c'est-à-dire, direct, jovial tout en restant fidèle à la dignité et la rectitude.

Lorsque la conception de la campagne dont le but visé est d’attaquer la base secrète de Do Xa est enfin prête, le QG/2ème CA ainsi que les unités participantes sont transportées à Quang Ngai. Le Général Tri dirige en personne le débarquement de ses troupes tandis que Hieu est de permanence au QG opérationnel. Pour ma part, je reçois et amène les groupes de presses venant de Saigon. Les étrangers y sont présents. Ensemble, nous accompagnons en direct les manoeuvres militaires.

Tout est rentré dans l’ordre. Mais le spectre de l’insurrection Bouddhiste reste omniprésent. Pour sa part, auréolé de gloire grâce aux bons résultats opérationnels, le Gén. Do Cao Tri est de retour à Pleiku… juste le temps de préparer les bagages pour son exil forcé. Il est remplacé par le Gén.Nguyen Huu Co. Quant à moi, je subie dans la foulée ma dégradation et devient désormais un 2ème classe, rayé de la liste de l’armée à cause de mon, soi-disant, indiscipline; les chefs des 2ème et 4ème bureaux de la 1DI subissent le même sort que moi.

Hieu était au courant de cette décision officielle, mais il préférait garder le silence. Jusqu’au jour où je l’ai appris par un ami, le Capitaine Le Van Khan, l’aide camp du général Tran Van Don. Je me suis donc allé me présenter et lui demande de me mettre en retraite anticipée, car tel est mon souhait.

Hieu juge que cette punition ne mérite pas d’une aussi grande attention de ma part: «Le patron a déjà réglé ce litige. Il a appelé les Généraux Tran Van Don et Tran Thien Khiem. Soyez rassuré et continuez à travailler. Ce coup n’est que psychologique, il consiste à apaiser les ardeurs des nouveaux arrivants notamment le colonel Nguyen Chanh Thi, l’actuel commandant de la 1ère DI." Hieu termine par me confier que ma carrière militaire n’est pas encore arrivé à son terme, et que si lui-même, accède à ma demande, Tri ne me laisserait pas partir de cette manière-là. «Il a du coeur et est fidèle. En outre, s’il vous renvoie à la vie civile, sa crédibilité en souffrirait.»

Un soir, le général Tri m’invite à sa résidence pour me faire savoir que tout a été fait pour mon retour, et que si la 2ème région ne me conviendrait pas, je pourrais toujours aller me réfugier auprès du Général Duong Ngoc Lam, le gouverneur de Saigon. Celui-ci n’est autre que le beau-frère de Tri. Ce projet tombe à pic, puisque c’est justement mon intention de me rendre à la capitale afin de poursuivre mes études de droit. Malheureusement, à la dernière minute, le Général Co ne consente pas de me laisser partir. Ce contre-pied m’oblige alors à rester dans les hauts plateaux à côté de Hieu jusqu’au jour où ce dernier a été désigné à la tête de la 22ème DI sous la houlette du général Vinh Loc, commandant de la 2ème R.M.

A la veille du départ de Tri pour Hong Kong, Hieu et moi, nous allons lui dire adieu à sa résidence située au 23 Phung Khac Khoan, Saigon. La séparation fut poignante, il nous promettait de nous retrouver plus tard. Enfin, une poignée de main à chacun, il nous souhaitait d’une bonne continuation.

Quatre années se sont écoulées (1965-1969). Tri, l’ambassadeur de la République Vietnamienne en poste en Corée du Sud est rappelé par le Président Thieu. Très vite, il remplace le Gén. Le Nguyen Khang en qualité de commandant de la 3ème R.M. J’appelle alors Hieu (déjà Général de brigade) et patron de la 22ème DI. Ce dernier est joyeux au bout du fil, il me demande des nouvelles de ma famille, combien d’enfants j’aie et où en est ma situation actuelle.

Deux mois plus tard, Tri demande auprès de L’EMG mon affection à la 3ème RM, en même temps, Le Lt-Colonel Leu Tho Cuong est lui aussi rappelé (de la 2ème RM). La joie des retrouvailles fut immense. Tri s’enquiert de la situation globale de la 2ème RM et les nouvelles de ses autres collaborateurs d’antan. D'emblée, il m’assigne d’abord au poste d’adjoint de la section de «guerre psychologique» et chargé de la presse. Ensuite, chef de cette section, et me voilà jour après jour l’accompagne dans ses déplacements opérationnels, principalement pendant la campagne de Toan Thang, laquelle se déroule à l’intérieur du territoire Cambodgien.

Commandant de la 5è DI

Quelques mois plus tard, j’ai appris que Hieu est désormais le leader de la 5ème DI. La promesse faîte il y a 4 ans lors de son départ en exil par Tri a donc été tenue.

Une fois, Hieu se déplace de Lai Khê à L’EM/3ème RM pour une réunion, sur le chemin, m’ayant aperçu, il fait arrêter son jeep, puis descend m’accompagner à pied vers la salle de conférence. Il était ainsi, très humble et très chaleureux.

Le 23/02/1971 voit disparaître le Gén. Tri dans un crash d’hélicoptère à Trang Nho, Tây Ninh. Il est remplacé par le Général Minh. Ce dernier, depuis toujours faisait semblant d’aduler son collègue, allant jusqu’à accrocher le portrait de Tri dans son bureau. Décidément l’hypocrisie représente une vertu chez lui. Une chose est sûre, son désir est de débarrasser au plus vite des ex-collaborateurs de son prédécesseur afin de faire venir ses gardes prétoriens. Nous devrions partir tôt ou tard. Et voilà que le Col. Le Van Hung s’empare de la place de Hieu. Quant à nous, le Col. Leu Tho Cuong et moi, avons attendu presque une année entière avant d’aller à Dalat suivre le cours supérieur d’État-Major.

Notre départ tardif est dû à notre entêtement, et ce malgré les intrigues créées par le nouveau chef de corps. En effet, sans motif valable pour nous faire partir, il me fait comprendre par l’intermédiaire de mes amis journalistes de Saigon, lesquels m’ont soufflé qu’il suffirait d’un mot de ma part, et ma mutation serait accordée immédiatement. Ma réponse à ces entremetteurs fut nette: « epuis ma sortie de Thu-Duc, jamais, je n’ai demandé de mon propre chef, de quoi que ce soit. C’est toujours mes supérieurs qui décident de mon sort.» Voilà pourquoi ce cours d’état-major est tombé à point nommé, permettant ainsi à tout le monde de sauver la face. Depuis ce jour-là, je n’ai aucune nouvelle de Hieu. Suite à ma sortie de l’école (08/1972), on m’affecte à la 4ème RM sous la houlette du Gén. Nguyen Vinh Nqhi; ensuite celle du Gén. Nguyen Khoa Nam pour enfin arriver jusqu’à la débâcle finale (3-4-1975)

L’affreuse nouvelle venant du Gén. Hieu m’est parvenue un matin en plein travail. Un sentiment d'hébétude mélange au regret m’envahissent, je pense à lui, un leader menant une vie exemplaire, un homme bien sur tous les rapports.

Un chef dont les collaborateurs n’ont que des louanges à faire, on peut dire que tous, sans exception, y compris le monde civil de la 2ème république se retrouvent en lui, le représentant idéal de la vertu, de l’intégrité et de l’humaniste. Un meneur d’homme qui a lutté énergiquement en se donnant entièrement à la patrie, tout en respectant scrupuleusement ses semblables.

A chaque fois que je pense de lui, la conception Confucéenne s’impose, l’être humain représente les deux aspects, bon et mauvais. Selon Manh Tu: «L’homme est foncièrement bon ». Tuan-Tu quant à lui, pense le contraire: «L’être humain est foncièrement mauvais.» C’est pourquoi, après avoir parcouru le monde, le côtoyer et le comprendre, Confucius affirme: «A l’origine, les caractères de l'hommes n’ont pas de grands différents. Seules l’éducation, la maîtrise de soi, l’environnement, et les diverses situations peuvent mener à la dissemblance.» Le Général Hieu selon moi, a appliqué à la lettre tous ces éléments essentiels, et à partir de là, a réussi sa vie. Finalement, le titre de Héros lui revient à juste titre.


Insensible devant la richesse
Inébranlable face à la force.

En parallèle avec le Général Do Cao Tri dont la renommée a dépassé les frontières, celui à qui la presse internationale considère comme le Patton vietnamien; le Général Hieu quant à lui, est un héros, un vrai, dans le sens où il a su se dominer tout en appliquant consciencieusement des principes de vie dont très peu de gens seraient susceptibles d’en faire autant.


LTC Duong Dien Nghi

(allocution lors de la première du livre à San Jose le 23.4.2005)
Traduit par Thach Ngoc Long

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