Le Général Hieu Dans Ses Rapports Avec Autrui

1. Epouse Et Enfants

Les trois lettres que le Général Hieu a écrit à sa femme du champ de bataille de Snoul démontrent clairement l'étendue de son amour qu'il porte à sa femme et ses enfants, prêtant une attention particulière à leurs besoins, en utilisant la psychologie dans ses rapports avec eux, préférant passer le temps en leur compagnie pendant les fins de semaine, soit en retournant à Saigon, soit en les faisant venir à Binh Duong ou Lai Khe.

Il ne parle presque jamais à sa femme et à ses enfants à propos de sa vie militaire, d'une part en raison de son caractère discret, et d'autre part parce qu'il ne veut pas que ses proches soient inquiétés par les risques qu'un soldat doit faire face constamment aux champ de bataille. A chaque fois que sa femme apprenne par quelqu'un ou par presse interposée au sujet de ses échappées fréquentes à la mort, soit quand son hélicoptère a été attaqué par l'ennemi, et que celui-ci a dû atterrir souvent dans les zones dangereuses, soit quand la situation militaire devient extrêmement critique, et l'interroge à son retour à la maison; en ces moments-là, il réussie toujours à détourner le sujet de conversation après les avoir rassurer que les gens et les médias ont tendance à dramatiser les choses! C'est pourquoi, si on veut savoir plus amplement à son sujet, il serait inutile d'aller s'enquérir auprès de sa femme et de ses enfants!

De temps en temps sa femme ait envie de vivre d'une autre façon, c'est-à-dire un existant plus conforme à son rang comme celles des autres épouses "étoilées". Dans ces cas, il la console et la convainc qu'un train de vie simple est plus propice au bonheur.

La personnalité de Hieu se révèle à travers les noms qu'il donne à ses six enfants Dung, Cam, Anh Thu, Thu Ha, Hoang, Thu Hang: vaillant (Dung), courageux (Cam), élégant (Anh Thu), magnanime (Thu Ha), noble (Hoang), et toujours le même (Thu Hang).

2. Les Soldats.

Tran Ngoc Nhuan a écrit:

J'ai eu le lieutenant Nguyen Van Hieu comme compagnon de chambre au quartier des officiers célibataires de l'Etat-Major Général (E.M.G). Depuis ce jour nous sommes de bons amis. Il était un officier affable, vertueux et bon, toujours extrêmement serviable envers ses amis. (Ma Vie Militaire, page 59)

Colonel Trinh Tieu a écrit:

L'attitude du Général Hieu et son éthique inspiraient le respect et la fierté parmi les soldats de tous les niveaux sous son commandement à la 22ème division. Envers ses subalternes, il était un commandant généreux, intelligent, impartial, intègre, n'acceptant jamais la moindre faveur de toute sorte d'où qu'elles viennent. (Portrait d'un Général Compétent et Vertueux)

Colonel Nguyen Khuyen a écrit:

J'ai eu le privilège de servir sous le commandement du Général Hieu pendant un certain temps. Il était un admirable meneur d'hommes et surtout incorruptible. L'image d'un général jeune, beau et simplement vêtu, avec un caractère modéré et non prétentieux, reste encore vivace dans ma mémoire. (Lettre datée le 18 juillet 1998)

Le Colonel John G. Hayes a écrit:

Les qualités du Général Hieu incluent le dévouement, l'expérience en tant que leader au combat, la capacité de stimuler et de maintenir le moral de ses troupes. Il est tout à fait religieux et patriote, et exige un niveau élevé de conduite et de discipline. Il est méthodique mais résolu. (Rapport d'Evaluation datée le 7 février 1970)

Il est proche de ses soldats et les traite avec égard, quelque soient leurs grades, même le plus bas; jamais un mot plus haut que l'autre en s'adressant à eux, et les expressions vulgaires lui sont inconnues; toujours calme et patient; il lui suffit d'un seul regard pour redresser un subalterne au bord de la défaillance.

Le général Hieu est ferme, sans pour autant hautain envers ses soldats, il n'a pas besoin d'un traitement de faveur par rapport à ses troupes. Il ne tient pas compte et ne punit pas quelques uns qui par mégarde, ne savaient pas qu'ils se trouvent en face d'un haut gradé, et par conséquent agissent d'une façon irrévérencieuse. En dehors des heures de travail, il leur dispense d'un revers de la main de le saluer.

Le colonel Le Khac Ly, chef d'état-major (E.M) de la 22ème division, raconte l'anecdote suivante qui démontre sa bienveillance envers ceux-ci:

Un jour, un commandant de Compagnie, le lieutenant Hien, de sa propre initiative ramène une poste de TV et un réfrigérateur qu'il a achetés dans le PX (magasin réservé exclusivement aux soldats américains) à la résidence du Général. Madame Hieu est bien heureuse de recevoir ces deux cadeaux que le budget familial ne la permet pas de se les procurer. Le soir venu, elle est toute contente de les montrer à son mari. Devant ce "don" inattendu, le Général fronce les sourcils et lui dit doucement qu'il est obligé de retourner ces deux cadeaux. Le jour suivant, il appelle son lieutenant dans son bureau et ferme la porte pour une discute privée. Il lui dit: "Je ne pense pas que vous soyez capable d'acheter ces deux marchandises coûteuses avec un salaire de lieutenant, n'est-ce pas? Est-ce que vous avez pris l'argent appartenant à votre compagnie pour faire cet achat? Dans ce cas-là, je vous suggère de les ramener au PX et de restituer l'argent à la caisse de votre unité." Tout interdit, le visage de notre lieutenant est devenu blême, presque cadavérique! Seules trois personnes étaient au courant de cet incident. Après quoi, le Général agit comme si rien ne s'était passé. A la promotion suivante, notre lieutenant Hien n'a subi aucune conséquence de cette mésaventure.

Le général Hieu se comporte avec ses soldats exactement de la façon qu'avec sa femme quand il lui a conseillé comment elle devait se comporter vis à vis de l'éducation de ses enfants, c'est-à-dire avec un tact psychologique.

L'aura majestueuse que les soldats perçoivent dans sa personnalité provient d'une force intérieure, et celle-ci n'a rien à voir avec le snobisme exigeant l'emploi d'un stick, ou d'un uniforme de combat criard, d'un cigare à la bouche, d'une cohorte de garde-du-corps, etc...ce qui fait qu'ils le respectent et l'aiment sincèrement.

3. Le Général Hoang Xuan Lam.

Après que le Général Hieu ait été relevé du commandement de la 5ème Division d'infanterie (D.I) en juin 1971, il est transféré au poste de Commandant Adjoint du 1er Corps d'armée (C.A), à Danang, sous la tutelle du Général Hoang Xuan Lam, lui aussi est issu de la 3è promotion/AMVN.

À sa sortie, il choisit l'arme blindée cavalerie. Le lieutenant-colonel Lam assume le commandement de l'Ecole d'application de l'arme blindée en 1957. En 1964, le général de brigade Lam est nommé au commandement de la 23ème D.I. Il devient général de division en 1965. Vers la fin mai 1966, il est désigné au titre de commandant du 1er C.A, et élevé au rang de général de corps d'armée en juin 1967. Il est le chef d'opération Lam Son 719, au Laos.

Tandis qu'il n'avait rien à faire dans son poste de commandant adjoint du 1er C.A, le général Hieu fut le témoin de la tension croissante entre le général de brigade Vu Van Giai, commandant de la 3ème D.I, et le général Lam, qui a eu comme résultat l'insubordination de ce dernier; Giai a entamé un retrait tactique de ses troupes avant même l'attaque de l'ennemi, ce qui a causé la perte de la province de Quang Tri.

4. Le Général Ngo Quang Truong.

Le Général Truong est le cadet de Hieu, faisant partie de la 4ème promotion de l'Ecole Militaire des Officiers de Réserve de Thu Duc. Il est encore général de brigade en 1968 tandis que Hieu a été général de division cette année là.

En mars 1964, le capitaine Truong rencontre le colonel Hieu, chef d'E.M du 2ème C.A, lorsqu'il commandait une unité de parachutistes dans la Campagne Do Xa; il est promu au rang de Commandant à la suite de cette opération. En novembre 1965, le lieutenant-colonel Truong, en tant que chef d'une brigade de parachutistes composée de 4 bataillons rencontre de nouveau le colonel Hieu, et reçoit la mission de bloquer la retraite des troupes d'ennemies qui avaient participées aux batailles de Pleime et d'Ia Drang, dans les régions avoisinantes de Duc Co, selon la demande du 2ème C.A.

En mars 1975, deux agents de la CIA approchent le père de Hieu, et lui demande si les deux généraux Truong et Hieu ont des relations étroites, c'est-à-dire s'ils sont amis ou ne le sont pas, peut-être avec l'intention de les inciter de réunir leurs forces pour renverser Thieu par un coup d'état.

5. Le Général Pham Van Phu

Le Général Phu issu de la 8ème promotion de l'Académie Militaire de Dalat. Initialement il n'a pas eu la moyenne pour obtenir son diplôme d'officier mais à la dernière minute, à cause de la pénurie d'officiers conformément au besoin de l'évolution de l'armée de cette année-là, il a été admis par rattrapage. Phu est fréquemment mentionné par la presse, du temps où il était encore capitaine de parachutiste et qu'il s'était distingué à la bataille de Dien Bien Phu, ensuite auréolé à l'époque où il était Colonel Commandant de la 1ère Division, puis Général de Brigade au moment de l'opération du Bas Laos. Il est promu au rang de Général de Division à la suite de son exploit héroïque dans l'opération de Lam Son 719 en 1972 (tandis que personne ne tenait compte du fait que Hieu est déjà Général de Division à la tête de la 22ème D.I en 1968).

Le 2 Avril 1975, le Général Hieu, en tant que Commandant de l'Avant-poste du 3ème C.A ( pour un laps de temps très court, parce que le Président Thieu a encore changé d'avis et préfère le service du Général Nguyen Vinh Nghi au sien) il reçoit du Général Phu les troupes survivantes du 2ème C.A à "Lau Ong Hoang" à Phan Thiet. Pendant la cérémonie de passation de pouvoir, Hieu s'est intervenu pour dissuader Phu de ne pas se suicider par frustration contre le Président Thieu qui a ordonné le retrait des Hauts Plateaux sans lui donner suffisamment de temps pour préparer un repli convenable.

6. Le Général Nguyen Van Minh.

Le Général Minh est admis à la 4ème promotion de l'Académie Militaire de Dalat, une promotion après celle du Général Hieu. Hieu se moque de lui pour ne pas savoir déchiffrer correctement une carte tactique. Il raconte que quand Minh remplace temporairement le Général Tri, qui a dû partir malgré lui en exil en France, comme Commandant du 3ème C.A, il est venu au quartier général de la 5ème D.I pour une inspection. Se tenant debout devant une carte, il pointe pompeusement son bâton de général et questionne où sont les emplacements de l'artillerie, et prononce emphatiquement que sans le soutien des celle-ci, il n'y a pas réellement d'opération militaire. En réalité, les positions des canons sont clairement indiquées sur cette carte. Hieu, ne voulant pas l'embarrasser devant la séance, fait croire que lui et son E.M avaient en fait commis cette gaffe en restant silencieux. Pendant ce temps-là, tous les officiers présents ont dû réprimer l'envie de rire en éclats!

Le Général Minh est celui qui a ruiné le plan qui a été conçu et exécuté par le Général Hieu, avec la bénédiction du Général Tri, pour attirer l'ennemi hors de son sanctuaire dans un piège dans l'opération Snoul. C'était une opération de grande envergure dans laquelle toutes les trois divisions du 3ème C.A (la 5ème, la 18ème et la 25ème) auraient été impliquées. Ce plan a été prêt en novembre 1970. Hieu a dû attendre jusqu'en mai 1971 pour voir l'ennemi commencer à "mordre à l'hameçon". Juste à ce moment cruciale, les conseillers américains auprès du 3ème C.A, profitant de la faiblesse du Général Minh, sabotent le cours du plan opérationnel et ont l'intention d'employer le bombardement massif des B-52, et ont failli provoquer l'anéantissement du 8ème régiment blindé, qui constituait l'appât, si Hieu n'ait pas réussi à l'extraire du danger grâce à sa dextérité militaire.

Minh prend le commandement du 3ème C.A le 27 février 1971. Capitaine E. Stanley, secrétaire de l'E.M. américain auprès de cette unité donne ces indications écrites suivantes à son sujet au Général de Brigade Andrew J. Gatsis, HQ, USARPAC, Fort Shafter, Hawaiï:

"Ainsi aujourd'hui, le Général de Corps d'armée Minh, l'ancien Commandant du Secteur Militaire de la Capitale, a la lourde responsabilité de remplir le vide de commandement et le contrôle de la 3ème Région Militaire. Bien qu'il n'ait pas encore obtenu l'aval du gouvernement, tout porte à croire que cette fonction lui est réservée sans aucun doute. Il apparaît comme une personne correcte, sérieuse et très capable. Son intention de retenir les hommes-clés à leurs postes prouve qu'il mérite largement cette responsabilité."

Quelle erreur d'appréciation! Le Général Minh a affaibli le 3ème C.A. au point que ses troupes perdent la bataille l'une après l'autre, et l'ennemi a pu franchir la frontière et retourner au Vietnam en moins d'un an et menace directement Saïgon en 1972. Le Général de Brigade Tran Quang Khoi écrit:

Au moment où le Général Nguyen Van Minh prend le commandement du 3ème C.A, nos troupes sont entrain de dominer les champs de bataille, soudainement tout s'arrête. Nos troupes se déplacent rapidement d'une position offensive à celle de défensive. À plusieurs reprises, je me suis disputé avec Minh pour sauvegarder la vie de mes hommes. [...] En raison de cette mésentente, en décembre 1971, j'ai donné ma démission et a été remplacé sur place par le Colonel Nguyen Kim Dinh, l'un de ses confidents. Quelques mois après mon départ, le 3ème C.A s'est retiré en abandonnant tous les bases stratégiques importantes sur le territoire Cambodgien. La pression de l'ennemi a augmenté immédiatement sur tout le long de la frontière. Après son retour au pays, la 3ème Brigade Blindée du 3ème C.A. a été démantelée en petits groupements par le Général Minh et la Force de Frappe du 3ème C.A. a été dissoute.

Pour avoir ruiné la force du 3ème C.A., le Général Minh aurait dû être déféré devant le congrès, comme il avait forcé le Général Hieu à le faire à l'époque, après la débâcle de Snoul, pour expliquer son blâmable forfait, ou aurait même dû être traduit devant le tribunal militaire. Mais comme il est l'un des protégés du Président Thieu, le poste de commandant du Secteur Militaire de la Capitale en 1973 lui est réservé jusqu'aux derniers jours de Saïgon. A ce point là, Thieu est à plaindre d'être si bête et idiot et d'être entouré par des gens si incompétents.

Quand Thieu est sur le point de nommer Minh au commandement du 3ème C.A. pour remplacer le Général Tri, qui a été tout justement tué dans un accident d'hélicoptère, un conseiller américain a averti Thieu des méfaits de Minh; que celui-ci met un terme à sa "gourmandise". Il s'était enrichi largement par les collectes de dessous table des patrons d'autobus (l'octroi du droit de stationnement dans les stations de Saïgon). Tout le monde sait que Minh a une villa construite au bord de la rivière de Saïgon, à Binh Quoi Tay, Thi Nghe, à proximité de celles de ses véreux collègues, tels que les Généraux Tran Thien Khiem (Premier Ministre), Nguyen Van Vy (Ministre de la Défense), les colonels Pham Van Lieu (Directeur du Bureau de Police et de Sécurité), Tran Cong Lieu (Commandant des Rangers), Ho Tieu (Commandant des Forces Spéciales). Ceux qui ont le privilège de visiter cette villégiature du Général Minh, ne manqueront pas d'apercevoir des tas de sacs contenant des feuilles d'or enveloppées dans du papier de "Kim Thanh".

7. Le Général Pham Quoc Thuan.

Le Général Thuan, issu de la 5ème promotion de Dalat, deux promotions après celle de Hieu. Thuan est le prédécesseur du Général Hieu au commandement de la 5ème D.I. Celui-ci le remplace en août 1969.

Quand le Président Thieu demande à Thuan pour succéder au Général Minh, celui-ci l'a accepté à condition "sine qua non" que le Général Hieu soit son Commandant Adjoint en charge d'opérations du 3ème C.A.

8. Le Général Du Quoc Dong.

Quand le Général Du Quoc Dong est nommé pour remplacer le Général Thuan, Hieu reste à son poste de Commandant Adjoint du 3ème C.A. Dong est sorti de la 5ème promotion de l'AMVN.

Dong et Hieu ont eu maintes occasions de travailler ensemble quand Hieu était encore le Commandant de la 22ème et puis de la 5ème Division, parce qu'étant commandant de la Division de Parachutistes, les troupes de Dong étaient fréquemment détachées aux troupes de la 22ème D.I; elles coopèrent dans la 2ème Région Tactique; et avec la 5ème D.I, dans la 3ème; aussi bien que durant les incursions au Cambodge.

Dong a la réputation d'être un bon combattant auprès de ses parachutistes aguerris. Il est connu comme très capable de soutenir des longs combats, d'endurer les vicissitudes pendant deux, trois mois entiers. Par contre, des réunions pré opérationnelles de deux, trois heures lui paraissent voire interminables, voire insupportables. À cet égard, Dong et Hieu se complètent mutuellement.

9. Le Général Nguyen Van Toan.

Le Général Toan est de la même promotion que Hieu, mais a été recalé par défaut de la moyenne des notes requise, et a dû redoubler et n'a pu réussir sa sortie qu'avec la 5ème promotion.

Quand Toan obtient le surnom de "Baron de la cannelle", le Général Hieu, en tant qu'investigateur spécial d'anticorruption sous l'autorité du Vice-Président Tran Van Huong, s'est déplacé au Centre Vietnam pour mener une enquête à son encontre.

Ironie du sort: le Général Hieu était le Commandant Adjoint du 3è C.A et en même temps le Président de la Commission d'Anticorruption, quand Toan prend en charge le commandement de cette unité! Celui-ci est le premier suspect dans l'assassinat du Général Hieu, à cause des facteurs suivants: il a été soupçonné, même accusé par Hieu pour le délit de corruption, il éprouve de complexe d'infériorité vis à vis de son brillant subalterne, désaccord tactique, et d'autant plus que celui-ci exécute l'ordre provenant directement du gouvernement. Cependant, il est plus probable que l'instigateur principal de cet assassinat est plus haut placé que le Général Toan.

Le Général Hieu plus d'une fois se plaignait d'être obligé de travailler sous les ordres d'un chef qui ne sait que d'avancer et d'attaquer à l'aveuglette, sans aucune planification.

10. Le Président Nguyen Van Thieu.

Il est certain que Thiêu a maintes occasions de fréquenter avec le Commandant Hieu, Chef d'Etat-Major du 1er C.A lorsqu'il était Colonel Commandant de la 1ère D.I. Et quand celui-ci, en tant que Président du comité des Généraux, a été invité par le gouvernement de Taiwan à l'occasion de la Fête Nationale en 196, il a choisi le Général de Brigade Hieu, Commandant de la 22ème D.I, une étoile montante parmi ses Généraux, et qui par bonheur, pratique aussi le Mandarin, d'en faire partie de la délégation vietnamienne en tant que la pièce maîtresse de son prestige présidentiel et de l'ARVN.

Paradoxalement, le Général Thieu redoute toujours d'avoir besoin du service d'un Général plus doué que lui, il n'apprécie guère son caractère franc qui déteste de faire des courbettes et a horreur de la flatterie, ajoutant à cela, il est proche du Général Do Cao Tri, que Thiêu n'aime point. Par conséquent, il l'a remis "au placard". C'est pourquoi, bien que Hieu ait atteint le grade de Général de Division très tôt, en 1968, il n'a alors que 39 ans, quand Thieu devient Président et s'est réservé la décision de promotion au rang de Général (le Chef de l'E.M.G avait seulement le droit d'avancement qu'au grade de Colonel) le Général Hieu s'est trouvé coincé, ne réussit pas à aller plus loin dans la hiérarchie et contemplait avec résignation les autres Généraux moins doués le dépassent allègrement..

Dans la section de question et réponse d'une réunion en California, Monsieur Thieu dit qu'il savait que le Général Hieu était "compétent, droit comme une flèche et très propre" et il avait l'intention de lui faire venir travailler à côté de lui comme son assistant spécial mais a dû le céder au Vice Président Tran Van Huong qui l'a voulu comme son Spécial Assistant en Charge d'Anticorruption.

Thieu est bien conscient de la compétence du Général Hieu malgré sa méfiance innée. C'est pourquoi il ne le nomme Commandant Adjoint du 3ème C.A, qu'au moment où il est obligé d'abandonner de gros morceaux de territoires aux Communistes, retenant seulement les 3ème et 4ème Régions Militaires, mais n'a toujours pas osé confier à Hieu le commandement direct et total du 3ème C.A.

Devant les fréquentes scènes sur lesquelles Thieu apparaît à la TV où il exprime son mécontentement, en pleurant, avec sa litanie visées à gagner de la sympathie de la nation entière en prenant celle-ci à témoin du lâchage de ses défenseurs américains, Hieu disait à l'époque, que Thieu ne s'est pas comporté dignement son rôle de Président de la république.

Le matin du 6 avril 1975, le Président Thieu convoque le Général Hieu au palais présidentiel. Dans cette réunion, Hieu refuse d'annuler une enquête au sujet du délit de corruption commis par un des acolytes de Thieu. Il critique aussi ouvertement la solution désespérée, à quitte ou double -càd- les retraits précipités de la 1ère et 2ème Régions Militaires que celui-ci a ordonnés.

Serait-il possible que, selon le Général Vinh Loc, "Le Président du Sud Vietnam, qui se méfie même de son propre ombre; et sa hantise est permanente, il tremble à la pensée que les troupes de parachutistes ou blindées pourraient bientôt le détrôner," (Lettre à un ami américain), cette paranoïa concerne également Hieu à propos d'un coup d'état, l'a amené à le faire exécuter? Est-ce à cause de cela qu'il ne s'était pas déplacé comme il se doit à la veillée et à l'enterrement du Général Hieu?

11. Les Généraux et Conseillers Militaires Américains

Colonel Trinh Tieu a écrit:

Du côté des américains et des alliés, Hieu est bien respecté en raison de sa fidélité sans faille envers sa patrie et l'armée. Afin de défendre l'autonomie de l'ARVN, le Général Hieu a plus d'une fois protesté l'action du Général de Division de la 1ère Field Task Force américaine, stationnée à Nhatrang, qui a "recommandé" à la 22ème Division de détacher un régiment d'infanterie (commandé par un colonel) à la disposition d'un capitaine, chef de secteur dans le cadre du programme de pacification. Cette curieuse "demande" a suscité un affrontement verbal âpre et embrouillé, et le Général Lu Lan a été obligé d'arbitrer et réconcilier les deux protagonistes. (Portrait d'un Général Compétent and Vertueux)

Le Général Hieu est né à Tien-Tsin et grandit à Shanghaï, dans la concession française, où plusieurs hommes d'affaires, commerçants, militaires et diplomates anglais et américains abondent. Ce qui fait qu' il parle l'anglais comme sa langue maternelle. Par conséquent, il peut dialoguer et discuter à égalité avec les Généraux américains. Dans un dialogue au sujet des opérations Dong Tien, entre Hieu et le Général McAuliffe, 1er Conseiller auprès du 3ème C.A, enregistré par celui-ci à cause de l'importance du contenu, pendant les 3 premiers sujets, le Général McAuliffe mène le débat, avec Hieu comme auditeur; pour les 5 derniers sujets, c'est le tour de Hieu de prendre l'initiative du dialogue et commence à s'exprimer, démontrer, argumenter habilement ...tandis que McAuliffe se résigne à écouter et à prendre des notes!

Le Général Hieu n'hésite pas à affronter l'ingérence de l'E.M américain à l'encontre des commandants vietnamiens. Dans l'article mentionné ci-dessus, Colonel Trinh Tieu a raconté la discute constructive mais orageuse entre Hieu et le Général de la 1ère Field Task Force américaine (le Général de Division William R. Peers ou le Général de Division Charles A. Corcoran). Dans le même article, Trinh Tieu a également raconté comment le Général Hieu a calmement mis le commandant de la 1ère Division de Cavalerie américaine (le Général De Division John Norton) à sa place quand celui-ci pressait véhémentement son collègue à changer le plan opérationnel. Une situation semblable s'est survenue avec le Général de Division, Conseiller auprès du 3ème C.A (peut être le Général Jack J. Wagstaff) qui a pressé le Général Nguyen Van Minh, Commandant du 3ème C.A, à changer le cours de l'opération Snoul. Le Général Hieu l'a énergiquement opposé. À un niveau plus bas, Colonel R.M. Rhotenberry, Conseiller Adjoint auprès du 3ème C.A, harcèle incessamment Hieu à accepter sa suggestion dans l'opération de Loc Ninh en septembre 1970, et puis se plaint à ses supérieurs que Hieu a méprisé son offre d'utiliser le soutien d'aérien et de l'artillerie américaines et dénonce que celui-ci s'en défend sous prétexte que cette opération concerne exclusivement l'armée vietnamienne.

En revanche, les conseillers américains sont tous enthousiasmes à collaborer énergiquement avec le Général Hieu et n'hésitent pas de le suivre à la trace, et au péril de leurs vies. Le conseiller adjoint auprès de la 5ème D.I, Lieutenant Colonel Roy E. Couch meurt le 7 février 1970, pendant sa tournée de visite avec le général en hélicoptère au 4/9ème Bataillon à l'occasion de la célébration du Têt en février 1970.

Commandant Edgar C. Doleman, conseiller auprès de la 5ème D.I, se rappelle que le Général Hieu était un commandant de division très doué. Il parlait admirablement l'anglais et avait l'habitude de plaisanter quand son hélicoptère était sous le feu de l'ennemi, afin d'atténuer la tension et la crainte parmi les autres passagers. Doleman se rappelle que, en tant que conseiller subalterne, il est fréquemment désigné par son supérieur à ces périlleuses tâches d'accompagner le Général Hieu dans ses inspections aériennes aux champs de bataille, et pour ses malheurs, Hieu adore ce moyen de transport pour remplir ses missions. Il dit que, à l'exception du Colonel John G. Hayes, le 1er conseiller et lui-même (qui a effectué deux rotations en tant que commandant de compagnie et officier de renseignements auprès de la 1ère Division de Cavalerie américaine), les autres conseillers du Général Hieu manquent encore d'expérience de combat. Dans son rapport d'évaluation datée le 22 avril 1970, Commandant Doleman a écrit: "Après sa prise de fonction de commandant de la 5ème division en octobre 1969, l'état-major semble être insufflé par un dynamisme nouvel." Plus tard il est l'auteur du livre intitulé Tools of War, l'un des 26 volumes de la série The Vietnam Experience, Boston Publishing Company.

En raison de la politique controversée adoptée par le Pentagon à cette époque-là, qui permet à un officier supérieur américain d'exercer en tant que Général pendant seulement un an, cela fait, ceux-ci sont dans l'impossibilité d'acquérir plus d'expérience de combat que le Général Hieu. Par conséquent, nous avons la scène suivante qui s'est passée dans une réunion d'opération commune entre la 1ère Division d'Infanterie américaine et sa consoeur, la 5ème D.I vietnamienne, où le Général Milloy reste bouche bée, tandis que le Général Hieu "professe" sans discontinuer.

Les Généraux américains, bien qu'ils éprouvent parfois un peu de la jalousie, tous reconnaissent et respectent le don et la supériorité de combat de Hieu. Un Général américain a osé affirmer: "Dans l'ARVN, seul le Général Hieu a la capacité et le charisme de commander efficacement les troupes au niveau du Corps d'armée; les autres ne sont aptes qu'à l'échelon divisionnaire."

12. Le Général Lu Lan.

Le Général Lu Lan fait partie de la même 3ème promotion que le Cadet Hieu. À l'Académie, les deux sont placés dans le même groupe: ils font les exercices, mangent et dorment dans la même salle. À la sortie, le Lieutenant Lu Lan est envoyé à Quang Tri où il participe aux opérations militaires conduites conjointement par les forces armées franco-vietnamiennes, tandis que Hieu est admis à l'hôpital de Lanessan à Hanoi à cause de la tuberculose. Quand le Lieutenant Lu Lan suit les cours à l'école d' E.M d' Hanoi, il cherche à revoir son ancien camarade de promotion. Les deux vont dans un restaurant à la rue de Hang Ngang pour bavarder. Hieu écoute avec envie les exploits militaires que son ami lui raconte et dit tristement: "Comme tu peux le voir, je suis à présent foutu. Je ne sais pas ce que je ferai de ma vie."

Bien des années plus tard, quand les deux se rencontrent de nouveau, c'est dans une circonstance tout à fait peu banale. Quand cet événement s'est passé, l'un est Colonel Chef D'E.M du 2ème Corps d'armée et l'autre vient d'être nommé à la fonction de Commandant Adjoint de cette unité après avoir été relevé du commandement de la 25ème D.I par le Général Do Cao Tri. Tous les lundis, le quartier général commence la journée par la cérémonie du salut de drapeau, à laquelle participent tous les soldats et officiers sans exception. Le Général Tri se montre rarement à ce rituel et a l'habitude de déléguer son Chef D' E.M d'accomplir de cette tâche à sa place. Donc, le colonel Hieu est en train de marcher solennellement vers le podium d'honneur comme de coutume; le chef d'orchestre militaire est sur le point de baisser son bâton. Soudainement, le colonel Hieu lève sa main pour arrêter la cérémonie, quand il aperçoit du coin de l'oeil le général Lu Lan se tenant dans les rangs des officiers de l'E.M. Il se dirige rapidement vers lui et chuchote à son oreille: "cela ne se fait pas, c'est à vous de présider la cérémonie, mon Général."

En février 1968, quand Le Général Hieu devient le Commandant de la 22ème Division, le Général Lu Lan est nommé à la place du Général Vinh Loc comme le Commandant du 2ème C.A.

13. Le Général Vinh Loc.

Colonel Hieu sert en tant que Chef d'E.M du 2ème Corps d'armée sous le Commandement du Général Vinh Loc quand la bataille de Pleime s'est déroulée. Comme résultat de la victoire de Pleime, le Général de Brigade du 2ème C.A Vinh Loc est promu au rang de Général de Division. C'est aussi pendant cette période que les troupes de ce Corps rejoignent les troupes de la 1ère Division de Cavalerie américaine dans l'opération "Silver Bayonet" dans la province de Pleiku. Cette opération englobe la bataille de la vallée d'Ia Drang, où la 3ème Brigade de la 1ère Division de Cavalerie américaine a causé à l'ennemi la perte de 1771 tués.

Le Général Vinh Loc est l'un des Généraux qui a monté en grade très rapidement après le coup d'état du 1er novembre 1963: Colonel en novembre 1963, Général de Brigade en avril 1964, de Division en octobre 1965, et de Corps d'armée en octobre 1966.

Le Général Vinh Loc confie au Colonel Hieu le commandement de la 22ème D.I en juin 1966.

14. Le Général Nguyen Huu Co.

Le Général Nguyen Huu Co est sorti Major de la 1ère promotion de l'Académie Militaire franco-vietnamienne. Il remplace le Général Do Cao Tri comme Commandant du 2ème C.A avant le coup de force militaire du 13 septembre 1964. Mais avant son expulsion, Tri nomme le Colonel Hieu Commandant de la 22ème D.I le 7 septembre 1964. Néanmoins, le Général Co, par ordre du Général Nguyen Khanh, retire Hieu de cette occupation et le remet de nouveau au poste de Chef d' E.M du 2ème C.A le 24 octobre 1964.

Pendant cette période, le colonel Hieu assume seul les multiples fonctions de commandement et fait tourner la lourde machine du 2ème C.A, parce que le Général Co est profondément impliqué dans plusieurs coups de force militaires consécutifs à Saïgon, d'abord supportant le Général Nguyen Khanh, puis les "jeunes turques", les Généraux Thieu, Ky et Thi.

15. Le Général Tran Van Don.

Le Général Hieu commence sa carrière militaire en compagnie du Colonel Tran Van Don au 3è bureau de l'E.M.G, à Choquan; puis accompagne le Général de Division Don à Danang où ce dernier assume le commandement du 1er C.A.

Quand Hieu paraît devant le Congrès pour se défendre au sujet du Retrait de Snoul, Don, en tant que sénateur à l'époque, payant de sa personne et arguant de sa science militaire pour venir au secours de son ancien protégé, le défendre contre les attaques ignobles des sénateurs et députés; lesquels malgré leurs ignorances totales en matière militaire, continuent leurs acharnements en montant au créneau afin d'obtenir la tête de Hieu ...

Don a été le témoin de l'épanouissement sans pareil dans l'art de commandement, tactique aussi bien que stratégique, chez Hieu et a dit: "Si l'ARVN possède davantage de Généraux aussi doués que le Général Hieu, le Vietnam n'aurait pas été perdu."

16. Le Vice Président Tran Van Huong.

Le Colonel Khuyen a affirmé que dans la vie du Général Hieu, il y a deux personnes qui l'ont aimé le plus. Ce sont le Général Do Cao Tri et M. Tran Van Huong. En fait, le Vice Président Huong considère le Général Hieu comme son propre fils. Il le nomme Ministre d' Anticorruption dans son cabinet de Vice-président et le soutient dans cette tâche difficile. Quand Le Président Thieu, à l'insistance du Général Thuan, veut remettre Hieu au 3ème C.A en tant que Commandant Adjoint, il a dû attendre l'admission à l'hôpital du vice-président Huong avant de commettre cette forfaiture: l'enlèvement de Hieu du gouvernement. Celui-ci, devant le fait accomplit a du accepter à contre coeur.

Si Hieu n'a pas été assassiné, et si Huong parvient à la fonction de Président, il l'aurait certainement nommé au poste de Chef d'Etat Major Général. C'est pour cette raison que quelqu'un a voulu de façon préventive, que le Général Hieu soit éliminé.

17. Le Général Do Cao Tri.

Si Huong considère le Général Hieu comme son propre fils, alors le Général Tri regarde le Général Hieu comme son propre frère. Ils sont comme deux cartes inséparables. Ils se sont attachés l'un l'autre depuis 1953, quand ils se sont rencontrés à Saïgon, puis ont ensemble suivi le Général Don à Danang. Peut être le Général Tri a été la première personne à reconnaître les dons militaires cachés dans la personne du Général Hieu plus tôt que n'importe qui, et ainsi l'a recommandé pour le Command and General Staff College de l'armée américaine, à Fort Leavenworth, en Kansas.

À la sortie de cette formation militaire supérieure, le lieutenant-colonel Hieu est nommé au poste de Chef D'E.M. de la 1ère D.I par le Général Tri, celui-ci assume à la fois le commandement de la 1ère D.I et du 1er C.A (en remplacement le Général Le Van Nghiem). Après le renversement du Président Diem, Tri est officiellement nommé Commandant du 1er C.A; il confie au Colonel Hieu la fonction de Chef d'E.M de cette unité. Et en janvier 1964, à sa nouvelle affectation,Tri amène le colonel Hieu avec lui au 2ème C.A à Pleiku. Avant que le Général Tri soit expulsé de cette responsabilité par le Général Khanh, à la suite du coup de force manqué dirigé par le Général Duong Van Duc, il nomme Hieu au commandement de la 22ème D.I le 7 septembre 1964.

Quand le Général Tri prend le commandement du 3ème C.A, il fait appel au Général Hieu pour diriger la 5ème D.I, tandis qu'il a nommé le Général Nguyen Xuan Thinh au poste de commandant de la 25ème, et le Général Lam Quang Tho à la 18ème. Par coincidence, tous trois sont sortis de la 3ème promotion de Dalat. Parmi ces trois, le Général Tri profite au maximum et en premier les talents du Général Hieu. Plus tard, Thinh est promu au rang de Général de Corps d'armée, alors que Hieu est stoppé par Thieu, impossible de monter plus haut.

Les deux Généraux Tri et Hieu sont comme des jumeaux, mais cela ne les empêche pas d'être très différents et même de posséder des tempéraments opposés. L'un aime l'éclat extérieur, l'exubérance; l'autre préfère la discrétion. Le premier n'hésite pas à bousculer, écraser voire même éliminer autrui s'il s'avère nécessaire; le second a la tendance à la modération et de respecter la loi vis à vis des autres. L'un aime se divertir en s'adonnant aux vices (boisson alcoolisée, drogues, jeux, et femmes), l'autre est l'adepte des exercices physiques. L'un a un tempérament tempétueux et impatient, l'autre demeure toujours d'humeur égale, serein et sensé.

Très souvent à Pleiku, le Général Tri a l'habitude de faire venir par avion les femmes et les fêtards de Nhatrang au quartier général du 2ème Corps d'armée en fin de semaine. Dans une de ces occasions, l'avion subit des tirs anti-aériens intenses et n'arrive pas à atterrir. Après plusieurs tentatives, le pilote prend la décision de retourner à Nhatrang. Tri entre dans une colère noire et donne l'ordre au pilote d'atterrir à tout prix. Une fois l'avion à terre, tout son équipage est emprisonné, attendant d'être traduit devant le tribunal militaire. Le juge qui préside ce tribunal militaire régional n'est autre que le colonel Chef d'E.M. du 2ème Corps d'armée Hieu. Celui-ci fait annuler discrètement le procès sous prétexte de carence judiciaire et puis fait appeler le Général de l'Air Nguyen Cao Ky de venir recueillir ses pilotes!

Dans une lettre datée le 6 juin 1970, le capitaine Wayne T. Stanley, secrétaire d'état major des conseillers américains auprès du 3ème C.A., a écrit au Lieutenant Colonel John L. Huestis, à Fort Braggs, en North Carolina: "Le Général Tri continue à diriger la région avec fougue et détermination. Il est maintenant en vacances en Europe et continue à avoir l'intention de rester le chef du 3ème C.A jusqu'à la date fixée pour sa retraite d'ici 18 mois." Ce capitaine n'est pas au courant que le Général Tri a été forcé de partir en exile par la Commission Gouvernante des Généraux (la raison officielle avancée était une question de santé!). Pendant son absence, le Général Nguyen Van Minh est son remplaçant. A son retour, le Général Tri va directement au quartier général de la 5ème D.I, utilisant la force imposante de cette unité pour impressionner, voire même menacer la Commission Gouvernante des Généraux, le résultat est l'abandon de ce poste par le Général Minh, ce pouvoir revient à son ancien chef, l'ex-exilé Tri.

Le Colonel Le Khac Ly, qui a servi comme Chef d' E.M de Division et de Corps d'armée sous plusieurs Généraux, dit qu'il admire avant tout deux Généraux. En premier, le Général Do Cao Tri pour sa témérité et son ardeur au combat; il a l'habitude de mettre en pratique sa formule favorite: "Aux champs de bataille, marchez tout droit, la tête haute. Si les balles vous atteignent, vous êtes considérés comme un héros. Et si les balles vous manquent, vous l'êtes aussi!" En second, le Général Nguyen Van Hieu, fidèle à son pragmatisme dirige les troupes selon les préceptes dictés dans les manuels, en s'adaptant au mieux à la réalité du terrain et par conséquent, permet à son E.M sous sa responsabilité de remplir aisément leurs devoirs.

Quand la situation de Lam Son 719 est devenue dangereuse, le Président Thieu a l'intention de faire remplacer le Général Hoang Xuan Lam par le Général Tri. Celui-ci a avancé une condition: que le Général Hieu le remplace au commandement du 3ème C.A et il serait d'accord d'être transféré au 1er Corps d'armée. Pendant que la décision est encore en attente, le Général Tri s'est fait tué dans un accident d'hélicoptère.

Avec la mort du Général Tri, Hieu a perdu un petit frère "cowboy" (le Général Tri est de 5 mois plus jeune que Hieu) qui a toujours protégé et défendu son grand frère et a donné tant et tant d'occasions à ce frère affable de montrer une bonne partie de ses grands talents militaires. Quelle malchance et quel gâchis!

Nguyen Van Tin
(24 octobre 1998)

Mis à jour le 29.06.2011
Révisé le 05.06.2007

generalhieu.com